Tourisme durable et influenceurs

Influence marketing x Thoughts of Angénic : ce qu’un post fait vraiment aux lieux qu’on aime. Une photo, quelques secondes de vidéo, une position GPS en légende, et un coin de campagne tranquille devient le lieu à voir cet été. Chacun de nous a déjà vu ça arriver. Un sentier discret est envahi en quelques semaines, un petit village sans parking doit absorber des visiteurs qu’il n’attendait pas, une plage sauvage devient un décor à selfies. Les réseaux sociaux fabriquent des destinations, et il leur arrive de les saturer plus vite qu’une brochure.

Le sujet me tient à cœur parce que l’influence marketing pèse sur nos manières de voyager : où l’on va, quand, pour combien de temps, avec quel moyen de transport. Selon ce que les créateurs choisissent de montrer, elle pousse à consommer plus ou à consommer mieux. Celui qui publie décide de sa propre expérience, et il souffle aussi, sans toujours s’en rendre compte, des milliers de décisions à ceux qui le suivent.

Sommaire

  1. Influence marketing et tourisme durable : un pouvoir à double tranchant
  2. Influence marketing et tourisme durable : ce que le voyage responsable demande vraiment
  3. Influence marketing et tourisme durable : éviter le piège du greenwashing
  4. Influence marketing et tourisme durable : donner la parole aux créateurs locaux
  5. Influence marketing et tourisme durable : raconter sans surexposer les lieux
  6. Influence marketing et tourisme durable : transparence et éthique des partenariats
  7. Influence marketing et tourisme durable : mesurer ce qui compte vraiment
  8. Conclusion : Pensées d’Angénic
  1. Influence marketing et tourisme durable : un pouvoir à double tranchant

Un même post peut faire vivre un petit hébergeur pendant une saison, ou envoyer des centaines de visiteurs sur un sentier qui n’était pas prévu pour ça. L’outil ne change pas, l’usage oui. Les réseaux amplifient ce qu’on leur donne à voir : une course au spot produit de la saturation, une façon de voyager plus attentive peut faire naître d’autres envies.

Ce qui rend l’influence si efficace, c’est la confiance. On suit quelqu’un pour son regard, ses goûts, sa manière de parler d’un endroit. Quand cette personne écrit « j’y suis allée en train » ou « j’ai dormi chez une famille du village », le message passe sans avoir l’air d’en être un. Une brochure est identifiée comme de la publicité. Un créateur parle souvent comme un ami, et c’est ce qui fait sa force. Cette proximité repose sur un crédit qui se perd vite dès que le lecteur soupçonne qu’on lui cache quelque chose.

Tourisme, influenceurs et société.
Voyage durable, influenceur et responsabilité sociétale.

L’influence peut donc accélérer le surtourisme en concentrant les visiteurs sur les mêmes lieux, aux mêmes dates, avec les mêmes photos. Elle peut aussi répartir les flux. Un créateur a la possibilité d’écrire « allez-y hors saison », « restez trois jours plutôt que d’enchaîner les étapes », « ce lieu est fragile, regardez-le sans y piétiner ». Ces phrases font moins rêver qu’une image spectaculaire. Elles changent pourtant des comportements, et cela vaut parfois mieux qu’un beau cliché.

  1. Influence marketing et tourisme durable : ce que le voyage responsable demande vraiment

Sur une affiche, le tourisme durable se réduit souvent à une petite feuille verte. Dans la réalité, il repose sur des choix très concrets : le moyen de transport, la durée du séjour, la saison, l’endroit où l’on dort et où l’on mange, l’argent qui reste sur place ou qui repart ailleurs, les égards envers ceux qui vivent dans le lieu toute l’année. Dans un post, presque rien de tout cela ne se voit.

Prenons le transport. Arriver en train, en bus ou en covoiturage réduit l’empreinte du voyage et modifie aussi le rapport au temps. Le trajet devient une partie du séjour : le paysage qui défile, une pause sur un quai, un livre, une conversation avec un voisin de siège. Un créateur peut filmer cela avec envie. On passe de « je perds du temps » à « je prends le temps ».

Voyage durable un moyen de capturer la vie et des instants précieux. Copyright thorten
Voyage durable un moyen de capturer la vie et des instants précieux Copyright thorten

La durée compte autant. Trois jours au même endroit plutôt que sept étapes en cinq jours, c’est évidemment plus lent, mais surtout on commence à reconnaître les visages et les horaires du boulanger. On prend moins de transports, on dépense davantage sur place, on comprend mieux ce qu’on regarde.

La saison joue aussi. Voyager hors saison répartit les flux, fait vivre les commerces plus longtemps dans l’année et ménage les infrastructures. La lumière d’octobre, le calme de mars, un village qui continue de vivre sans touristes : tout cela se raconte très bien.

Reste l’assiette et le lit. Un marché, une auberge tenue par un habitant, une chambre chez l’habitant ou un petit écolodge gardent de la valeur sur place. Un créateur qui nomme le producteur ou l’aubergiste et explique ce qu’ils font donne au lecteur une bonne raison de faire le même choix. Dans un post, cela tient en une ligne, mais les habitudes se déplacent par ce genre de détails.

  1. Influence marketing et tourisme durable : éviter le piège du greenwashing

C’est le risque le plus visible. Une marque colle un mot séduisant sur une offre, un créateur relaie, et tout le monde se dit vert. Le public ne s’y trompe pas longtemps. Le greenwashing va rarement jusqu’au mensonge franc : il gonfle un petit geste et laisse le reste dans l’ombre. Trois arbres plantés ou des pailles en carton ont leur utilité, mais cela ne fait pas un modèle durable.

Quelques questions simples aident à garder le cap. Que change concrètement cette offre ? Qui en profite sur place ? Que dit-on de ses limites ? Un contenu honnête admet qu’un voyage a toujours un coût, ne serait-ce que par les déplacements. « Voici ce que j’ai fait, voici ce que je n’ai pas pu faire » convainc davantage qu’un discours sans faille. On peut aussi assumer ses contradictions : un week-end en avion et une traversée de l’Europe en train ne se valent pas, et le reconnaître donne déjà de la crédibilité.

Une règle me paraît saine : accepter d’écrire « je ne sais pas » ou « je n’ai pas vérifié ». Un créateur n’est ni auditeur ni expert en bilan carbone. Il peut poser des questions, demander des preuves, refuser de reprendre un slogan qu’il ne comprend pas. Le greenwashing prospère quand personne ne relit. Face à des réponses floues, renoncer à la collaboration reste une option tout à fait respectable.

Voyage durable une nouvelle maniere d'envisager le tourisme
Voyage durable une nouvelle maniere d’envisager le tourisme
  1. Influence marketing et tourisme durable : donner la parole aux créateurs locaux

Ceux qui vivent dans un territoire en connaissent les saisons, les fragilités, les règles non écrites. Ils savent où aller sans déranger, et à quel moment. Leur audience est souvent plus modeste, mais elle est attentive, et plus susceptible de rester dans la région que d’y passer en coup de vent. Un créateur local raconte un quotidien : la rivière qui baisse en août, le sentier boueux en novembre, le village qui s’anime pour sa fête annuelle. Ces détails-là construisent un récit crédible.

Pour les destinations et les structures qui invitent des créateurs, penser local, c’est aussi penser retombées : un hébergement tenu par un habitant, un artisan qui ouvre son atelier, un producteur qui explique son métier. Le récit prend de l’épaisseur, et l’argent circule là où il sert.

Cela suppose de revoir quelques pratiques. Rémunérer correctement, ne pas proposer de la visibilité en échange d’un contenu gratuit, accepter qu’un habitant connaisse le terrain mieux que la marque. La co-création demande d’écouter avant de dicter un discours à quelqu’un qui parle de chez lui. C’est à cette condition que naissent des récits justes et utiles.

Voyage et marketing durable,de nouvelles perspectives d'exploration.
Voyage et marketing durable,de nouvelles perspectives d’exploration.
  1. Influence marketing et tourisme durable : raconter sans surexposer les lieux

Voilà sans doute le point le plus délicat pour qui publie des images de voyage. Dunes, zones humides, sentiers de montagne, petits villages sans assez de parkings ni de poubelles : certains endroits supportent mal la foule. Une image magnifique peut, à force de circuler, menacer le lieu qu’elle célèbre. Cesser de montrer serait une réponse, mais il existe des manières de montrer autrement.

Les gestes sont simples. Citer une région plutôt qu’un point GPS précis pour les sites fragiles. Rappeler les règles du lieu : rester sur les chemins, emporter ses déchets, respecter le silence. Suggérer d’autres périodes que le plein été. Retarder une publication, flouter un arrière-plan, parler d’une ambiance plutôt que d’une adresse exacte. Et parfois renoncer à une photo trop belle pour le bien de l’endroit. Cela frustre, je le sais. Cela montre aussi qu’on aime vraiment le lieu dont on parle.

Donner envie et tout donner sont deux choses différentes. On peut transmettre une lumière, une rencontre, l’odeur d’une boulangerie au petit matin, sans livrer l’itinéraire complet. Le lecteur curieux ira chercher, posera des questions autour de lui, respectera mieux ce qu’il aura trouvé par lui-même.

Le voyage durable, c'est peut-être aussi regarder moins d'images et entrer davantage en relation avec un lieu.
Le voyage durable, c’est peut-être aussi regarder moins d’images et entrer davantage en relation avec un lieu.
  1. Influence marketing et tourisme durable : transparence et éthique des partenariats

Un contenu sponsorisé doit se voir. En France, la loi de 2023 encadre l’influence commerciale et impose d’indiquer clairement les collaborations, mais la loi ne devrait pas être la seule raison de le faire. Séjour offert, matériel prêté, rémunération : dire ce qu’on a reçu permet au lecteur de juger en connaissance de cause, et protège la confiance sur laquelle repose tout ce métier.

L’éthique passe aussi par la capacité à refuser. Une invitation qui ne correspond pas à ses valeurs, une destination déjà saturée, un séjour qui n’a d’intérêt que pour les photos. Un créateur qui dit non de temps en temps donne du poids à ses oui. On peut également glisser des clauses dans les contrats : respect des lieux, pas de mise en scène trompeuse, mention des limites, rémunération juste des acteurs locaux. Le rapport de force évolue quand les créateurs posent eux-mêmes leurs conditions.

Personne n’attend un parcours parfait. On peut avoir accepté un vol, expliquer pourquoi et ce qu’on en pense. On peut se tromper, le reconnaître, ajuster. Les lecteurs pardonnent plus facilement une maladresse assumée qu’un discours lisse. En pratique, l’éthique se joue dans une question posée avant de publier, et parfois après.

Voyage, influence et marketing  l'éthique se joue dans une question posée avant de publier, et parfois après.
Voyage, influence et marketing l’éthique se joue dans une question posée avant de publier, et parfois après.
  1. Influence marketing et tourisme durable : mesurer ce qui compte vraiment

Les likes et les vues sont faciles à compter et disent très peu de choses sur l’effet réel d’un contenu sur un territoire. Pour juger une collaboration dans le tourisme durable, je regarderais plutôt les réservations chez de petits acteurs locaux, la durée des séjours, la part de visiteurs venus hors saison, et ce que racontent les habitants et les professionnels sur place : l’état des sentiers, les déchets, la fréquentation.

Un créateur n’a pas accès à tous ces chiffres, mais il peut poser la question. Demander à l’hébergeur si la saison a été meilleure, au guide si les visiteurs se sont montrés respectueux, à la mairie si les flux ont été gérables. Les réponses sont parfois subjectives, et elles donnent pourtant une idée plus juste que le bruit d’un post viral.

Une collaboration réussie laisse le lieu au moins dans l’état où elle l’a trouvé. Elle aide un acteur local à vivre sans le pousser à devenir une attraction. Elle donne envie de revenir, mais pas tous en même temps.

Ma check-list avant de publier un contenu voyage :

  • Ai-je indiqué clairement s’il s’agit d’une collaboration ?
  • Est-ce que je montre le lieu sans donner une adresse trop précise s’il est fragile ?
  • Est-ce que j’encourage des périodes ou des moyens de transport plus responsables ?
  • Est-ce que je parle des acteurs locaux, pas seulement de mon expérience ?
  • Est-ce que j’accepte de dire ce qui a moins bien fonctionné ?
  • Ai-je vérifié les affirmations écologiques de mon partenaire ?
  • Est-ce que je laisse au lecteur une part de découverte ?
  1. En Conclusion : Pensées d’Angénic

L’influence marketing ne rendra pas le voyage durable à elle seule. Elle peut en revanche modifier ce qu’on trouve désirable : un trajet plus lent, une étape plus discrète, un séjour qui profite à ceux qui vivent sur place. Ce pouvoir vient avec des devoirs : choisir ce qu’on montre, avouer ce qu’on ignore, protéger ce qui est fragile. La direction compte davantage que la perfection.

Je garde une conviction : les récits de voyage que je préfère laissent au lecteur l’envie de chercher lui-même. Une conversation sur un quai de gare, un village vu hors saison, un producteur qui explique son travail suffisent souvent. Et si l’influence marketing servait d’abord à donner envie de ralentir, d’écouter, de revenir sans abîmer ?

Et vous, quel récit de voyage vous a déjà donné envie de partir autrement ? Racontez-moi en commentaire.

Angénic

Angénic, Voyageuse obstinée, observatrice sans concession, collectionneuse d’expériences vraies.

Ce que vous faites fait une différence ; vous devez décider du type de différence que vous voulez faire. » Jane Goodall

Sources et liens utiles

Loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 visant à encadrer l’influence commerciale et à lutter contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux (Légifrance) : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000047663185

Article 5 de cette loi, sur les mentions obligatoires « Publicité » et « Collaboration commerciale » (Légifrance) : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000047663211

Guide anti-greenwashing de l’ADEME, édition 2025 : https://www.ademe.fr/presse/communique-national/lutte-contre-le-greenwashing-comment-communiquer-en-2025/

Outil en ligne anti-greenwashing de l’ADEME : https://communication-responsable.ademe.fr/antigreenwashing

Base Empreinte de l’ADEME, pour comparer les émissions des modes de transport : https://base-empreinte.ademe.fr/

Comparateur carbone de SNCF Voyageurs : https://www.sncf-voyageurs.com/fr/comparateur-carbone/

Sur le même sujet

Quand Instagram Tue le Voyage : Ces Destinations Victimes de Leur Viralité.

Written by Angénic

Leave a Comment