
Chicago, 1901. Derrière une façade respectable du quartier de Levee, deux sœurs s’apprêtent à ouvrir les portes du bordel le plus luxueux que l’Amérique ait jamais connu. Ada et Minna Simms, rebaptisées Everleigh pour l’occasion, vont transformer la prostitution en un art raffiné et bâtir un empire sur les désirs inavouables de l’élite américaine. Leur histoire est celle de deux femmes audacieuses qui ont su exploiter les failles d’une société puritaine pour conquérir leur liberté financière et sociale.
Je suis tombée sur cette histoire fascinante en fouillant dans les archives de l’Université de l’Illinois à Chicago. Ces deux femmes m’ont immédiatement captivée par leur intelligence, leur sens des affaires et leur capacité à naviguer dans un monde dominé par les hommes. Elles incarnent une forme de féminisme pragmatique, certes controversé, mais indéniablement efficace.
La soirée d’inauguration du Club Everleigh le 1er février 1901 restera gravée dans les annales de Chicago. Trente jeunes femmes, soigneusement sélectionnées et baptisées « papillons » par leurs patronnes, attendaient le signal derrière les lourdes portes d’acajou. Minna, la plus extravertie des deux sœurs, avait donné ses dernières instructions avec une précision militaire.

Le Club Everleigh source The Chicago Tribune
« Soyez polies, patientes, et oubliez ce pour quoi vous êtes ici. Les hommes ne sont des gentlemen que lorsqu’ils sont correctement traités. » Ces mots résonnaient comme un manifeste. Minna poursuivait : « Chaque fille sera présentée dans les règles de l’art à chaque hôte. Vous ne vous mettrez pas en ligne pour être sélectionnées, comme dans d’autres maisons. »

Minna Everleigh 1895 source Wikipedia
Cette approche révolutionnaire distinguait immédiatement le Club Everleigh de la concurrence. Ici, pas de sélection humiliante où les clients désignaient leur proie du doigt. Les présentations se faisaient avec la courtoisie d’un salon mondain. Les femmes n’étaient pas des marchandises exposées mais des hôtesses accomplies.
Aida, plus réservée mais tout aussi déterminée, avait établi des critères de recrutement stricts : « Une fille doit avoir un beau visage et une belle silhouette, doit être en parfaite santé et comprendre ce que c’est que de se comporter comme une dame. » Les candidates étaient nombreuses, mais peu franchissaient le seuil du Club Everleigh.

Aida Everleigh 1895 source wikipedia
Le dernier conseil de Minna avant l’ouverture des portes témoignait d’une vision étonnamment moderne de la gestion des ressources humaines : « Votre jeunesse et votre beauté sont tout ce que vous avez. Préservez-les. Soyez respectables en tout point. Nous connaissons les hommes mieux que vous. Ne les pressez pas, ne les volez pas. Nous fournissons les clients, vous les divertissez comme ils n’ont jamais été divertis jusqu’alors. Donnez, mais donnez de manière subtile et avec mystère. »
Des origines troubles vers un destin doré
Qui étaient réellement Ada et Minna Everleigh ? La vérité se cache derrière plusieurs couches de mystification soigneusement entretenues par les deux sœurs elles-mêmes. Dans aucun registre officiel n’apparaissent Aida et Minna Lester, les identités qu’elles prétendaient porter. Elles affirmaient être nées en 1876 et 1878, filles d’un avocat du Kentucky.
La réalité était bien différente. Elles s’appelaient en vérité Simms et étaient originaires de Virginie. Elles avaient dix ans de plus que l’âge déclaré par leur coquetterie. Issues d’une fratrie de sept enfants, dont quatre sœurs et trois frères, elles avaient connu une enfance marquée par les deuils. Leur mère et deux de leurs sœurs étaient décédées très jeunes. Leur père, accablé par le chagrin, avait perdu pied et la plantation familiale avec, incapable d’en assumer les charges.

Everleigh Sisters, Minna & Aida
À peine leurs vingt ans fêtés, les deux sœurs avaient épousé deux frères dont la violence avait rapidement brisé leurs jeunes illusions. Le corps meurtri de coups, elles s’étaient trouvées brutalement déniaisées sur la nature humaine et sa cruauté. Mais subir ne faisait pas partie de leur vocabulaire. Demeurer des épouses soumises par la force n’entrait pas dans leurs intentions.
Elles avaient ourdi un plan pour échapper à leurs obligations conjugales et gagné Omaha, dans le Nebraska. Hors du Kentucky, elles ne pouvaient légalement être contraintes à retourner auprès de leurs époux, si jamais on venait à les retrouver. Dénuées d’éducation, de qualification et surtout d’argent, leur espoir semblait mince.
Une exposition itinérante faisant halte dans la ville allait changer leur destin. Cette Exposition universelle miniature présentait les cultures du monde entier, avec une attraction particulière : les « rues du Caire ». On pouvait y faire un tour de chameau, s’y faire couper les cheveux à la mode égyptienne, assister à un combat de sabre ou admirer des danseuses aux performances variées et colorées. Les publicités promettaient sans pudeur « les danseuses avec les c… les plus délurés ». Alors que les robes des femmes de la bonne société ne dévoilaient jamais plus qu’une cheville, voilà de quoi assurer un succès immédiat à l’attraction.
Aida et Minna y virent l’opportunité de faire des affaires. En marge de ce Caire fabulé, elles ouvrirent un petit bordel familial. Les spectateurs mis en appétit par le spectacle auraient sans doute à cœur de goûter les spécialités locales. L’intuition se révéla juste.
Lorsque l’exposition reprit le rail à la fin de l’année, les deux sœurs avaient accumulé suffisamment d’argent pour développer leur propre affaire. Mais elles savaient que leur réussite devait beaucoup à l’affluence générée par l’événement. Une petite ville ne saurait leur offrir des revenus confortables. Il leur fallait une capitale en pleine croissance. Chicago leur tendait les bras.
Le quartier de Levee regorgeait de saloons et de bordels à faire s’étrangler les notables et les grenouilles de bénitier. C’était décidé, elles seraient les demoiselles de Chicago et feraient table rase du passé. Le nom d’Everleigh fut choisi en souvenir de leur grand-mère qui signait ses lettres de la formule « Everly yours », « Éternellement vôtre ».
Un palais du plaisir sans égal
« Aucune demeure d’aucun courtisan n’a jamais été si richement meublée, si bien présentée et si continuellement placée sous le patronage d’hommes fortunés mais à la morale légère. » Cette description enthousiaste venait des journalistes conviés pour l’inauguration. Quelques passes gratuites contre l’assurance d’un bon service de presse, le calcul était simple et efficace.
La Vice-Commission de Chicago elle-même qualifierait plus tard l’établissement de « maison de prostitution la plus luxueuse du pays ». Cet éloge involontaire témoignait de l’ampleur du phénomène Everleigh.

Le premier bordel de Luxe de Chicago le club Everleigh
Le Club comptait une cinquantaine de pièces réparties sur trois étages. Chaque salon portait un nom évocateur et possédait sa propre décoration thématique. La Chambre dorée brillait de mille feux avec ses ornements en or véritable. La Chambre japonaise transportait les visiteurs en Orient. La Salle de musique accueillait deux quartets qui jouaient en permanence pour les clients. La Pullman Room reproduisait fidèlement l’intérieur d’un wagon de train de luxe, clin d’œil aux magnats des chemins de fer qui comptaient parmi les habitués.
Les prix pratiqués excluaient d’emblée la clientèle populaire. Minna l’avait clairement énoncé : « Le Club Everleigh n’a pas de temps à perdre avec les éléments brutaux, les commis en goguette ou les hommes sans carnet de chèque. » Seul le fait de respirer était gratuit dans cet établissement. Les produits y étaient nombreux, raffinés et onéreux.
Un dîner coûtait cinquante dollars, une fortune pour l’époque. Le champagne coulait à flots à douze dollars la bouteille quand le salaire mensuel moyen d’un ouvrier n’atteignait pas ce montant. Les services des papillons se négociaient entre vingt-cinq et cinquante dollars selon les prestations demandées.
La mécanique bien huilée du vice élégant
Ada s’occupait des paiements avec une rigueur comptable implacable. Minna gérait les clients avec un art consommé de la mise en scène. Lorsque la sonnerie retentissait, elle venait jusqu’à la porte, la démarche assurée, prenant des poses entre chaque pas, et accueillait celui qui pénétrait dans son antre d’un détaché : « Comment ça va, mon garçon ? »
Cette familiarité calculée mettait immédiatement les visiteurs à l’aise. Bientôt l’endroit bouillonnait de politiciens, poètes en vogue, banquiers, magnats en tout genre et aristocrates décadents. Une clientèle huppée qui assurait à la fois la prospérité financière et la protection sociale du Club.
Car les frais de fonctionnement étaient élevés. Outre les dépenses usuelles, il fallait soudoyer les autorités de la ville. Le conseiller municipal du quartier, John Coughlin, surnommé « John Bains Publics » pour avoir commencé sa carrière comme masseur dans un établissement de bains, recevait une généreuse donation annuelle de 20 000 dollars. En contrepartie, ce responsable politique très concerné fermait les yeux sur l’illégalité de l’activité et assurait la protection des deux sœurs.
Les papillons eux-mêmes bénéficiaient de conditions exceptionnelles pour l’époque. Bien rémunérées, nourries, logées et habillées avec élégance, elles jouissaient d’une liberté relative. Minna défendait ses employées face aux moralistes qui tentaient de forcer l’entrée du club : « Chacun de mes papillons est décemment rémunéré et est parfaitement maître de son destin. Deux femmes libres ne vont tout de même pas en aliéner d’autres ! »
Cette réponse cinglante illustrait la philosophie des sœurs Everleigh. Elles ne se considéraient pas comme des exploiteuses mais comme des femmes d’affaires offrant des opportunités à d’autres femmes dans un monde qui leur en accordait si peu.

Le Salon Japonais Everleigh Club Japanese Throne Room
Scandales et péripéties au Club Everleigh
La vie quotidienne au Club n’était pas exempte d’incidents. L’un des papillons, venue de l’Iowa, pimpante, élancée, les yeux bleus, les cheveux blond vénitien parsemés de taches de rousseur, répondait au nom de Myrtle. Elle connaissait la force de son pouvoir de séduction et nourrissait l’ambition de raccrocher un jour pour un millionnaire.
Myrtle avait pour passion secrète les armes à feu dont elle constituait une petite collection dans sa chambre. « Je crois que je serais la plus heureuse de cette ville si je trouvais un revolver incrusté de diamants », confia-t-elle un jour à un client naïf qui s’empressa de lui en commander un. Hélas, elle avait tenu le même discours à un autre habitué.
Les deux hommes se retrouvèrent un soir face à face dans la Chambre dorée, se tenant mutuellement en joue. « Battez-vous pour moi, les encouragea Myrtle, j’adore ça ! » Alertée par le bruit, Minna gravit les escaliers quatre à quatre et se rua sur… les lampes, plongeant tout le monde dans le noir. Les deux hommes se figèrent.
« Messieurs, vous êtes dans le bordel le plus connu du pays. Voudriez-vous que vos proches et amis voient vos noms dans les premières pages des journaux demain matin ? » Lorsque la lumière revint, les esprits s’étaient miraculeusement apaisés.
Une autre nuit, un homme vint se vanter auprès d’un papillon d’avoir des sacoches pleines de billets fraîchement volés. La jeune femme, n’ayant jamais vu autant d’argent, ne put s’empêcher de glousser. Ce son ne trompa pas Minna dont l’oreille semblait pourvue du don d’ubiquité. Elle intervint immédiatement.
« Nous ne répondons pas aux besoins de ce genre d’individus. Il est nerveux et suspicieux. Dis-lui n’importe quoi et débarrasse-t’en. Je te donne dix minutes. » Elle craignait un piège tendu par des concurrents jaloux ou des politiques en quête de notoriété morale. Le voleur quitta le club après vérification du contenu de chaque sac. On le retrouva quelques jours plus tard dans une allée non loin de là, la tête fracassée par un marteau.
Questionnée par la police sur l’identité possible du meurtrier, Minna trouva la parade : « Je ne connais aucun vendeur d’outils parmi nos habitués. »
La visite princière et autres fastes
La réputation du Club Everleigh dépassa rapidement les frontières de Chicago pour atteindre celles des États-Unis puis de l’Europe. En mars 1902, le prince Henri de Prusse, frère de l’empereur d’Allemagne Guillaume II, en visite officielle à New York, demanda expressément à faire une excursion à Chicago pour découvrir ce lieu de raffinement. Sa requête sema la panique parmi sa garde et les services chargés du bon déroulement de son séjour.

Le Kaiser Guillaume II et son frère Henri de Prusse- Source Alamy
Les deux sœurs mirent les petits plats dans les grands pour la visite princière, planifiant une véritable bacchanale. L’orchestre joua Le Beau Danube bleu tandis que les papillons effectuaient une danse en l’honneur de Dionysos. Enivrées par la musique, les filles montèrent sur les tables pleines de victuailles et mêlèrent leurs mouvements au festin.
La charmante pantoufle de l’une d’elles échappa à son pied et finit sa course dans les coupes de champagne. Un des serviteurs du prince vit là l’occasion de renouveler la manière de déguster le breuvage et descendit d’une traite le précieux liquide ayant rempli la chaussure. Cette sophistication décadente força l’admiration de tous les présents.
Un reporter présent à l’inauguration s’était déjà exalté : « Minna et Aida Everleigh sont au plaisir ce que le Christ fut au christianisme. » La formule, pour blasphématoire qu’elle fût, traduisait bien l’aura quasi mystique qui entourait les deux sœurs.
Les ennemis de l’ombre
Malgré leur succès et leurs protections, Aida et Minna devaient composer avec de nombreux adversaires. Les moralistes et les religieux voyaient en elles l’incarnation du mal, les responsables des turpitudes qui rongeaient le pays et corrompaient sa jeunesse. Certains tentaient de forcer l’entrée du club pour faire constater par des enquêteurs la dépravation qui s’y pratiquait.
L’un de ces prêcheurs de la bonne parole s’agenouilla un jour devant les jupes de satin de l’une des filles, l’implorant au nom du Tout-Puissant de renoncer à sa vie honteuse. L’hilarité des autres papillons accueillit sa supplique dans un bruissement de tissus.

article sur le club des soeurs Everleigh et la pression religieuse pour faire fermer le club.
Minna intervint avec diplomatie, sachant qu’elle ne devait pas offenser ceux qui pouvaient lui nuire : « Les filles ont peut-être été vulgaires, mais elles n’ont pas été hypocrites. Elles savent quel genre de vie elles mènent. » Le terme d’hypocrisie n’était pas choisi au hasard. Elle avait pleine conscience que ces parangons de vertu le jour constituaient la majeure partie de sa clientèle la nuit.
En février 1910, l’évangéliste anglais Rodney « Gipsy » Smith, le « messager de Dieu sous une tente de gitans », décida de passer à l’offensive. Pour cet homme à la foi chevillée au corps, la finalité vertueuse de l’existence était de tout tenter pour rendre meilleure la vie de son prochain grâce à l’amour christique : « Ce vieux monde manque d’amour. Il y a plus de gens qui meurent d’en être privés que d’en trop recevoir. Ne l’étouffez pas, laissez-le jaillir. »
Smith réunit quelque 1 200 chrétiens dans le quartier. Aux portes du Club Everleigh, il galvanisa la foule, pressant les deux sœurs de mettre fin à l’ère d’immoralité qui régnait dans ces bas-fonds. Minna fit encore montre de son style libre et acéré : « Nous vous remercions de veiller à nos affaires, mais je suis déçue de voir tant de beaux jeunes hommes venir ici pour la première fois ! »
La chute d’un empire
Ce qui précipita la fin des sœurs Everleigh ne fut pas les prêches des moralistes mais leur propre audace. Elles eurent l’idée de créer une brochure touristique avec un photographe professionnel, dévoilant l’intérieur luxueux du club. Cette publication tomba entre les mains du maire Carter Harrison Jr.
La brochure « dépravée » lui ouvrit les yeux sur l’ampleur du phénomène. Il découvrit avec stupeur l’existence de plus de six cents maisons closes dans sa ville. La pression de l’opinion devenant trop forte, il fallait agir. Le Club Everleigh, dont le profit faramineux s’élevait à deux millions de dollars, devait fermer.
Les pouvoirs publics devaient donner l’impression de reprendre en main la ville. Les hôtels de passe et les maisons closes furent les premiers visés. Il fallait une mesure phare pour calmer les conservateurs mécontents. Le maire ordonna la fermeture du Club Everleigh, voulant faire passer un message fort : le crime n’avait plus sa place à Chicago.
Ironie du sort, le maire accepta que le club donne une fête d’adieu le 10 octobre 1911. Les portes se fermèrent définitivement le lendemain.
Une retraite dorée
Aida et Minna, âgées respectivement de 47 et 45 ans selon leurs dires, 57 et 55 ans en réalité, se retirèrent du monde des affaires à la tête d’une fortune colossale de plus d’un million de dollars, 200 000 dollars de bijoux et 45 000 dollars de meubles de luxe.
Profitant de leur liberté, elles s’installèrent dans un premier temps à West Side, mais en partirent rapidement à cause de voisins très désapprobateurs. Les deux sœurs voyagèrent à travers l’Europe avant de s’établir définitivement à New York. Elles reprirent le nom de Lester, leurs supposés époux, rejoignirent des organisations féministes et présidèrent nombre de clubs de poésie.
Minna s’éteignit en 1948 à l’âge de 70 ans officiellement, 80 ans en réalité. Après sa mort, Aida vendit la plupart de ses biens et retourna s’installer en Virginie, leur terre natale. Elle y mourut en 1960 à l’âge honorable de 93 ans, bien au-delà des 83 ans que sa coquetterie aurait admis.

pierre tombale de Aida Everleigh
En conclusion – Pensées d’Angénic
L’histoire des sœurs Everleigh me fascine parce qu’elle révèle les contradictions profondes de la société américaine du début du XXe siècle. Ces deux femmes ont bâti leur empire sur les désirs inavoués des hommes les plus puissants de leur époque, ces mêmes hommes qui prêchaient la vertu en public tout en fréquentant assidûment leur établissement.
Ada et Minna n’étaient ni des saintes ni des victimes. Elles étaient des femmes pragmatiques qui ont compris très tôt que dans un monde où les opportunités leur étaient refusées, il fallait créer les siennes. Battues par leurs maris, sans ressources ni qualifications, elles auraient pu sombrer dans la misère. Elles ont choisi de se battre avec les armes à leur disposition.
Leur succès reposait sur une compréhension fine de la psychologie masculine et des mécanismes du pouvoir. Elles savaient que les hommes veulent être traités en gentlemen, même quand ils viennent acheter du plaisir. Elles savaient que l’illusion et le mystère valent plus que la réalité brute. Elles savaient surtout que l’argent achète la protection et le silence.
Leur reconversion en respectables présidentes de clubs de poésie et militantes féministes pourrait sembler ironique. Elle témoigne en réalité de leur extraordinaire capacité d’adaptation. Ces femmes qui avaient vendu des corps pendant une décennie ont consacré leurs dernières années à défendre les droits des femmes. Peut-être avaient-elles compris, mieux que quiconque, la nécessité de changer un système qui ne laissait aux femmes d’autre choix que le mariage ou la prostitution.
Le Club Everleigh n’existe plus depuis plus d’un siècle, mais son histoire continue de nous interroger sur les rapports entre sexe, argent et pouvoir. Les sœurs Everleigh ont été à la fois les produits et les exploitantes d’un système profondément inégalitaire. Leur réussite spectaculaire ne doit pas faire oublier les milliers de femmes moins chanceuses qui n’ont pas eu leur intelligence, leur audace ou simplement leur chance.
Éternellement vôtre, comme signait leur grand-mère.
Sources et références
- University of Illinois at Chicago – Digital Collections – Archives photographiques et documents historiques sur Chicago
- Chicago History Museum – Collections sur le quartier de Levee et l’histoire sociale de Chicago
- Encyclopedia of Chicago – Articles sur la prostitution et le Levee District
- Johnson County Museum – Recherches généalogiques sur les familles Simms
- Karen Abbott, Sin in the Second City: Madams, Ministers, Playboys, and the Battle for America’s Soul, Random House, 2007
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