
Parce que ma peau est sombre, ils ne voient pas la lumière en moi.
Ces mots résonnent comme un cri du cœur, une affirmation de dignité face à des siècles d’oppression et d’invisibilisation. Le Black History Month, célébré chaque février, est bien plus qu’une simple commémoration historique. C’est une déclaration d’existence, une réappropriation de récits trop longtemps effacés des livres d’histoire.
Parce que mon nez est large, ils refusent de reconnaître la pauvreté de leurs esprits étroits.
Dans un monde qui a systématiquement dévalorisé les traits africains, cette célébration vient rappeler une vérité fondamentale : la beauté noire n’a pas besoin d’être validée par des standards occidentaux. Elle existe, souveraine et millénaire, depuis l’aube de l’humanité.
Les origines d’une célébration nécessaire
Carter G. Woodson : le père du Black History Month
L’histoire du Black History Month commence avec un homme visionnaire. Carter Godwin Woodson naît en 1875 en Virginie, fils d’anciens esclaves. Malgré les obstacles immenses qui se dressent devant lui, il devient le deuxième Afro-Américain à obtenir un doctorat à Harvard, après W.E.B. Du Bois.
Woodson constate avec amertume que l’histoire des Noirs américains est totalement absente des manuels scolaires. Pire encore, quand elle est mentionnée, c’est sous un angle déformé, réducteur, déshumanisant. Les contributions des Afro-Américains à la construction de la nation sont systématiquement ignorées ou minimisées.
En 1926, il lance la première « Negro History Week », choisissant la deuxième semaine de février. Ce choix n’est pas anodin. Cette période correspond aux anniversaires de naissance d’Abraham Lincoln et de Frederick Douglass, deux figures majeures de l’histoire de l’émancipation noire aux États-Unis.
De la semaine au mois entier
Pendant cinquante ans, la Negro History Week reste un événement principalement célébré dans les communautés afro-américaines et les écoles noires. Mais les années 1960 changent la donne. Le mouvement des droits civiques bouleverse l’Amérique et avec lui, la conscience collective.
En 1976, dans le cadre du bicentenaire des États-Unis, le président Gerald Ford officialise le Black History Month. Il appelle les Américains à « saisir l’opportunité d’honorer les accomplissements trop souvent négligés des Noirs américains dans tous les domaines à travers notre histoire ».
Depuis, cette célébration s’est étendue bien au-delà des frontières américaines. Le Canada l’adopte officiellement en 1995, le Royaume-Uni en octobre de chaque année, et de nombreux pays européens commencent à reconnaître l’importance de cette commémoration.
L’Ève mitochondriale : aux origines de l’humanité
Parce que les boucles de mes cheveux me protègent du soleil, ils veulent voler toutes les occasions que j’ai de briller.
Ces vers du poème qui ouvre cet article touchent à une vérité scientifique fondamentale. L’Ève mitochondriale, cette ancêtre commune à tous les êtres humains vivants, était africaine. Les généticiens situent son existence entre 150 000 et 200 000 ans avant notre ère, quelque part en Afrique de l’Est.
Cette découverte scientifique renverse des siècles de pseudo-théories raciales. Elle établit de manière irréfutable que l’humanité entière descend de femmes africaines. Nous sommes tous, littéralement, les enfants de l’Afrique.

Black History Month Je suis Africaine, l’Ève mitochondriale
Je suis Africaine, l’Ève mitochondriale. Quand apprendront-ils à respecter les courbes de leur mère ?
Ce vers final du poème prend alors une dimension universelle. Le mépris envers les personnes noires est, au sens propre, un mépris envers nos propres origines. Un déni de notre humanité partagée.
Les figures incontournables du Black History Month
Les pionniers de la liberté
Harriet Tubman reste l’une des figures les plus emblématiques de la résistance à l’esclavage. Née esclave vers 1822 dans le Maryland, elle s’échappe en 1849 et devient « conductrice » du Underground Railroad, ce réseau clandestin qui aide les esclaves à fuir vers le Nord. Elle effectue treize missions de sauvetage, libérant environ soixante-dix personnes, dont sa propre famille.
Frederick Douglass, né esclave en 1818, devient l’un des plus grands orateurs et écrivains abolitionnistes de son époque. Son autobiographie, publiée en 1845, expose avec une puissance littéraire remarquable les horreurs de l’esclavage. Il conseille Abraham Lincoln pendant la guerre civile et milite jusqu’à sa mort pour les droits des Noirs et des femmes.
Sojourner Truth, née Isabella Baumfree en 1797, s’échappe de l’esclavage avec sa fille en 1826. Son discours « Ain’t I a Woman? » prononcé en 1851 reste l’un des textes les plus puissants du féminisme intersectionnel avant l’heure.
Les architectes du mouvement des droits civiques
Rosa Parks entre dans l’histoire le 1er décembre 1955 en refusant de céder sa place à un passager blanc dans un bus de Montgomery, Alabama. Son arrestation déclenche le boycott des bus qui dure 381 jours et propulse sur le devant de la scène un jeune pasteur nommé Martin Luther King Jr.
Martin Luther King Jr. devient le visage du mouvement des droits civiques. Son discours « I Have a Dream » prononcé le 28 août 1963 devant 250 000 personnes à Washington reste l’un des moments les plus marquants de l’histoire américaine. Prix Nobel de la paix en 1964, il est assassiné le 4 avril 1968 à Memphis.
Malcolm X incarne une autre voie de la lutte pour les droits des Noirs. Plus radical que King, il prône l’autodéfense et la fierté noire sans compromis. Assassiné en 1965, son autobiographie continue d’inspirer des générations de militants.
Angela Davis, philosophe et militante, devient dans les années 1970 le symbole de la résistance noire radicale. Professeure, auteure prolifique, elle continue aujourd’hui encore son combat pour la justice sociale et l’abolition du complexe carcéral.
Les bâtisseurs culturels
Langston Hughes est l’une des voix majeures de la Harlem Renaissance, ce mouvement artistique et littéraire des années 1920 qui célèbre la culture afro-américaine. Ses poèmes, empreints de rythmes jazz et blues, donnent une voix poétique à l’expérience noire américaine.
James Baldwin, écrivain et essayiste, explore avec une lucidité déchirante les questions de race, de sexualité et d’identité américaine. Ses œuvres, comme « La prochaine fois, le feu » ou « Si Beale Street pouvait parler », restent d’une actualité brûlante.
Toni Morrison devient en 1993 la première femme afro-américaine à recevoir le prix Nobel de littérature. Ses romans, comme « Beloved » ou « L’œil le plus bleu », explorent la mémoire de l’esclavage et ses répercussions sur la psyché noire américaine.
Les contributions scientifiques souvent oubliées
Le Black History Month est aussi l’occasion de rappeler les contributions scientifiques majeures des Afro-Américains, trop souvent passées sous silence.
George Washington Carver révolutionne l’agriculture américaine au début du XXe siècle. Né esclave, il devient l’un des scientifiques les plus respectés de son époque, développant des centaines d’utilisations pour l’arachide et la patate douce.
Mae C. Jemison devient en 1992 la première femme afro-américaine à voyager dans l’espace. Médecin, ingénieure et astronaute, elle incarne l’excellence noire dans un domaine longtemps inaccessible.
Katherine Johnson, mathématicienne à la NASA, calcule les trajectoires des premières missions spatiales américaines. Son histoire, longtemps ignorée, est portée à l’écran dans le film « Les Figures de l’ombre » en 2016.
Charles Drew révolutionne la médecine transfusionnelle en développant les premières banques de sang à grande échelle. Ironie tragique de l’histoire, la Croix-Rouge américaine séparait à l’époque le sang des donneurs noirs et blancs.
Le Black History Month aujourd’hui : entre célébration et combat
Une reconnaissance encore fragile
En 2024, le Black History Month fait face à des vents contraires. Aux États-Unis, plusieurs États tentent de limiter l’enseignement de l’histoire des Noirs dans les écoles, sous prétexte de lutter contre la « théorie critique de la race ». Des manuels scolaires sont réécrits, des programmes sont supprimés.
Cette offensive contre la mémoire noire rappelle douloureusement pourquoi Carter G. Woodson avait créé cette célébration il y a près d’un siècle. L’effacement de l’histoire reste une arme de domination.
Black Lives Matter : un nouveau chapitre
Le mouvement Black Lives Matter, né en 2013 après l’acquittement du meurtrier de Trayvon Martin, a pris une ampleur mondiale après la mort de George Floyd en mai 2020. Ces événements ont rappelé au monde que la lutte pour les droits des Noirs est loin d’être terminée.
Le Black History Month prend ainsi une dimension nouvelle. Il ne s’agit plus seulement de célébrer le passé, mais de construire un présent et un avenir où les vies noires comptent véritablement.
L’Afrique et ses diasporas
Le Black History Month dépasse désormais les frontières américaines pour englober l’ensemble des diasporas africaines. En France, au Brésil, dans les Caraïbes, des communautés se réapproprient leur histoire et célèbrent leur héritage.
Cette dimension panafricaine du mouvement répond à un besoin profond de connexion avec les racines africaines, brutalement coupées par l’esclavage transatlantique. Le Black History Month devient ainsi un espace de reconstruction identitaire et de solidarité transnationale.
La beauté noire : une révolution esthétique
Parce que ma peau est sombre, ils ne voient pas la lumière en moi.
Ces mots du poème qui ouvre cet article touchent à un enjeu crucial : la reconnaissance de la beauté noire. Pendant des siècles, les standards de beauté occidentaux ont imposé un idéal blanc, reléguant les traits africains au rang de l’exotisme au mieux, de la laideur au pire.
Le mouvement « Black is Beautiful », né dans les années 1960, a commencé à renverser ce paradigme. Aujourd’hui, la célébration des cheveux naturels, des peaux foncées et des traits africains continue ce combat culturel essentiel.
Des icônes comme Lupita Nyong’o, Viola Davis ou Issa Rae incarnent cette nouvelle fierté. Elles refusent de se conformer à des standards qui ne leur ressemblent pas et ouvrent la voie à de nouvelles générations.
L’art comme résistance
La culture noire a profondément façonné la culture mondiale. Le jazz, le blues, le hip-hop, le R&B sont nés de l’expérience afro-américaine. Ces musiques, créées dans la douleur de l’oppression, sont devenues les langages universels de la modernité.
Les artistes contemporains poursuivent cette tradition de résistance créative. Nina Simone, avec sa voix puissante et ses textes engagés, a fait de chaque concert un acte militant. Kendrick Lamar transforme le hip-hop en poésie politique. Jordan Peele révolutionne le cinéma d’horreur en y injectant une critique sociale acérée.
Ces créateurs ne se contentent pas de divertir. Ils éduquent, ils provoquent, ils transforment les consciences. Leur art est un acte politique autant qu’esthétique.
En conclusion – Pensées d’Angénic
Le Black History Month n’est pas qu’une célébration américaine ni même occidentale. C’est une invitation universelle à regarder l’histoire en face, avec ses horreurs et ses héroïsmes, ses traumatismes et ses triomphes.
En écrivant ces lignes, je pense à toutes ces femmes et ces hommes dont les noms n’ont jamais été inscrits dans les livres d’histoire. Ces millions d’Africains arrachés à leur terre, jetés dans les cales des navires négriers, vendus comme du bétail sur les marchés du Nouveau Monde. Je pense à leur courage silencieux, à leur résistance quotidienne, à leur humanité préservée malgré l’inhumanité de leurs conditions.
Parce que les boucles de mes cheveux me protègent du soleil Ils veulent voler toutes les occasions que j’ai de briller.
Je suis Africaine, l’Ève mitochondriale Quand apprendront-ils à respecter les courbes de leur mère ?
Je suis Africaine, l’Ève mitochondriale. Quand apprendront-ils à respecter les courbes de leur mère ?
Ce vers me hante et m’inspire. Car il dit une vérité que nous oublions trop souvent : nous sommes tous africains. L’Afrique est notre berceau commun, et le mépris envers les Noirs est un mépris envers nous-mêmes, envers notre origine partagée.
Le Black History Month nous rappelle que l’histoire des Noirs est l’histoire de l’humanité. Que les contributions africaines et afro-descendantes ont façonné notre monde de manière indélébile. Que la lutte pour la dignité noire est une lutte pour la dignité humaine tout court.
Alors oui, célébrons ce mois. Mais n’oublions pas que chaque mois devrait être le Black History Month. Que chaque jour devrait être une occasion de reconnaître, de respecter et de célébrer la richesse de l’héritage africain.
Namaste
Angie
Sources et liens vérifiés
NAACP – National Association for the Advancement of Colored People : naacp.org
Association for the Study of African American Life and History (ASALH) – Histoire officielle du Black History Month : asalh.org/black-history-month
National Museum of African American History and Culture – Smithsonian : nmaahc.si.edu
Library of Congress – African American History : loc.gov/collections/african-american-history
UNESCO – Route de l’esclave : unesco.org/new/fr/culture/themes/dialogue/the-slave-route
Black History Month UK – Site officiel britannique : blackhistorymonth.org.uk
Mémorial ACTe – Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage : memorial-acte.fr
National Geographic – L’Ève mitochondriale et les origines africaines de l’humanité : nationalgeographic.com
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