Le 19 mai 1643, un jeune homme de vingt-deux ans changeait le cours de l’histoire militaire européenne. Sur les plaines de Rocroi, dans les Ardennes, Louis II de Bourbon anéantissait les redoutables tercios espagnols, réputés invincibles depuis un siècle. Ce jour-là naissait une légende. Neuf ans plus tard, le 12 novembre 1652, ce même héros était déclaré coupable de lèse-majesté par son propre cousin, le roi Louis XIV. Comment le sauveur de la France devint-il son ennemi ? Comment le plus brillant général de son temps finit-il par trahir sa patrie pour servir l’Espagne ?
Une trajectoire vertigineuse qui incarne parfaitement les contradictions de la haute aristocratie française du XVIIe siècle, écartelée entre la fidélité au roi et les aspirations à l’indépendance. Le Grand Condé fut tour à tour le bras armé de la monarchie et son adversaire le plus redoutable, avant de redevenir son plus loyal serviteur.
Une naissance prédestinée à la gloire
Louis II de Bourbon vit le jour le 8 septembre 1621 à Paris. Son sang était illustre entre tous. Fils de Henri II de Bourbon, prince de Condé, il descendait en ligne directe de Saint Louis. Son arrière-grand-père, Louis Ier de Bourbon, avait trouvé une mort héroïque à la bataille de Jarnac en 1569, assassiné après avoir été blessé au combat.
La branche des Condé occupait une place singulière dans la hiérarchie nobiliaire française. Princes du sang, ils venaient immédiatement après les enfants et petits-enfants du roi dans l’ordre de succession au trône. Cette proximité avec la couronne leur conférait des privilèges immenses, mais aussi des devoirs et des tentations.
Le jeune Louis reçut une éducation soignée chez les jésuites de Bourges. Ces maîtres exigeants lui enseignèrent le latin, la rhétorique, l’histoire et les mathématiques. Ils formèrent son esprit à la rigueur et à l’analyse, qualités qui lui serviraient sur les champs de bataille. Mais ils ne purent tempérer son caractère fougueux, son orgueil démesuré, son impatience face à toute contradiction.
En 1641, à vingt ans, il épousa Claire-Clémence de Maillé-Brézé, nièce du cardinal de Richelieu. Ce mariage politique scellait l’alliance entre la maison de Condé et le tout-puissant ministre. Richelieu s’assurait ainsi la loyauté d’une famille qui avait parfois causé des soucis à la couronne. Le jeune prince, lui, y gagnait la protection du maître de la France.
Le miracle de Rocroi
Louis XIII mourut le 14 mai 1643, laissant un héritier de quatre ans. La régence échut à Anne d’Autriche, assistée du cardinal Mazarin. L’Espagne, ennemie héréditaire, crut le moment venu de porter un coup fatal à la France affaiblie. Une armée de vingt-sept mille hommes, commandée par le général Francisco de Melo, envahit le nord du royaume.
Le duc d’Enghien, tel était alors le titre du futur Grand Condé, commandait l’armée française. À vingt-deux ans, il n’avait encore jamais dirigé de bataille. Face à lui se dressaient les tercios espagnols, ces formations d’infanterie qui terrorisaient l’Europe depuis un siècle. Personne ne les avait jamais vaincues en bataille rangée.
Le 19 mai 1643, à l’aube, les deux armées s’affrontèrent près de Rocroi. La cavalerie française de l’aile droite, menée par le duc en personne, enfonça l’aile gauche espagnole. Mais au centre et à gauche, la situation était critique. L’infanterie française pliait devant les tercios.
C’est alors que le génie tactique du jeune prince se manifesta. Au lieu de poursuivre les fuyards, il fit pivoter sa cavalerie victorieuse et la lança sur les arrières des tercios. Pris entre deux feux, les Espagnols furent massacrés. Huit mille d’entre eux restèrent sur le champ de bataille. Le mythe de leur invincibilité s’effondrait.
La nouvelle de Rocroi galvanisa la France. Ce royaume qu’on croyait affaibli par la mort de son roi venait d’infliger à l’Espagne sa pire défaite depuis un siècle. Le duc d’Enghien devint instantanément un héros national. Il avait vingt-deux ans et le monde semblait s’ouvrir devant lui.
La bataille de Rocroi victoire éclatante de Louis II de Bourbon que l’on surnomma dès lors le Grand Condé
Une série de victoires éblouissantes
Les années suivantes confirmèrent le génie militaire du prince. En 1644, il rejoignit Turenne en Allemagne. Ensemble, ils affrontèrent les troupes bavaroises du général Mercy à Fribourg. La bataille dura trois jours. Les Français l’emportèrent au prix de pertes considérables, mais ils s’emparèrent de Landau et de Mayence.
Le 3 août 1644, nouvelle victoire à Nördlingen. Mercy y trouva la mort. L’Allemagne méridionale s’ouvrait aux armées françaises. Le duc d’Enghien apparaissait comme le meilleur général de son temps, peut-être le meilleur depuis Henri IV.
En 1645, c’est Dunkerque qui tomba. Cette place forte espagnole commandait l’accès à la Manche. Sa prise renforçait considérablement la position française dans les Flandres. Le prestige du prince atteignait des sommets.
L’année 1646 vit la mort de son père. Louis II de Bourbon devenait prince de Condé, héritant du titre et des immenses domaines familiaux. Sa puissance, déjà considérable, s’accrut encore. Il comptait désormais parmi les personnages les plus importants du royaume.
Certes, tout ne fut pas succès. En 1647, l’expédition d’Espagne échoua devant Lérida. Le siège dut être levé. Cette défaite, la première de sa carrière, blessa profondément l’orgueil du prince. Il en conçut une rancœur durable contre ceux qui, selon lui, ne l’avaient pas suffisamment soutenu.
Mais en 1648, il se racheta brillamment. À Lens, le 20 août, il écrasa l’armée de l’archiduc Léopold. Cette victoire précipita la fin de la guerre de Trente Ans. Le traité de Westphalie, signé quelques semaines plus tard, consacrait la France comme première puissance européenne. Et nul n’avait plus contribué à ce triomphe que le prince de Condé.
Un caractère impossible
Le Grand Condé possédait toutes les qualités d’un grand capitaine : le courage physique, le coup d’œil tactique, la capacité de décision instantanée, l’ascendant sur les troupes. Mais son caractère rendait impossible toute relation harmonieuse avec son entourage.
Irascible, il s’emportait pour des vétilles. Hautain, il traitait les autres grands seigneurs avec un mépris à peine dissimulé. Tranchant dans ses jugements, il ne supportait aucune contradiction. Susceptible à l’extrême, il voyait des offenses partout, même là où il n’y en avait pas.
Ces défauts, tolérables chez un simple général, devenaient dangereux chez un prince du sang. Condé estimait que ses services méritaient des récompenses extraordinaires. Il exigeait des gouvernements, des pensions, des honneurs pour lui-même et pour ses créatures. Mazarin, qui devait ménager tous les partis, ne pouvait satisfaire toutes ses demandes.
La tension monta progressivement entre le prince et le cardinal. Condé multipliait les provocations. Il affichait son mépris pour le ministre italien. Il intriguait avec les ennemis de la régente. Il se comportait comme si le royaume lui appartenait par droit de conquête.
Sa famille partageait son arrogance. Sa sœur, la duchesse de Longueville, belle et intrigante, animait une coterie hostile à Mazarin. Son frère, le prince de Conti, suivait docilement les impulsions de ses aînés. Cette fratrie turbulente constituait un foyer permanent d’agitation.
Louis de Bourbon dit le Grand Condé source château de Chantilly
L’arrestation de Vincennes
Le 18 janvier 1650, Mazarin frappa. Le prince de Condé, son frère Conti et son beau-frère Longueville furent arrêtés et enfermés à Vincennes. Le cardinal avait osé ce que personne n’aurait cru possible : emprisonner le vainqueur de Rocroi.
L’indignation fut immense. Comment osait-on traiter ainsi un prince du sang, un héros national ? La duchesse de Longueville s’enfuit en Normandie, puis aux Pays-Bas espagnols. Elle souleva les provinces au nom de son frère. La Fronde, qui semblait s’éteindre, reprit de plus belle.
Treize mois durant, Condé resta prisonnier. D’abord à Vincennes, puis au château de Marcoussis, enfin au Havre. Cette détention l’humilia profondément. Lui qui n’avait connu que les triomphes se voyait traité comme un criminel. Sa rancœur contre Mazarin devint une haine inexpiable.
Sous la pression des princes et du Parlement, Mazarin dut céder. Le 13 février 1651, il quitta Paris pour l’exil. Le 15 février, Condé et ses compagnons furent libérés. Le prince rentra dans la capitale en triomphateur, acclamé par la foule. Mazarin semblait définitivement vaincu.
La nuit du Palais-Royal
Un épisode de la Fronde marqua particulièrement le jeune Louis XIV. Dans la nuit du 9 au 10 février 1651, une rumeur se répandit dans Paris : la reine et son fils tentaient de s’enfuir. Aussitôt, une foule immense envahit le Palais-Royal.
Les Parisiens exigèrent de voir le roi de leurs propres yeux pour s’assurer qu’il était toujours là. Anne d’Autriche dut les laisser entrer dans la chambre de son fils. Louis, qui n’avait pas encore treize ans, feignit de dormir tandis que des inconnus défilaient autour de son lit.
Cette humiliation traumatisa le futur Roi-Soleil. Toute sa vie, il se souviendrait de cette nuit où la populace l’avait traité comme un prisonnier et ou il faillait perdre la vie. Sa méfiance envers Paris, sa décision de construire Versailles, son obsession du contrôle absolu trouvent leur origine dans ce souvenir d’enfance.
Et Condé, par son rôle dans la Fronde , portait une part de responsabilité dans cette humiliation royale. Louis XIV ne l’oublierait jamais.
La Fronde des princes
Le 7 septembre 1651, un lit de justice proclama la majorité du roi. Louis XIV, à treize ans, devenait officiellement maître de son royaume. Tous les grands vinrent lui rendre hommage. Tous, sauf un : le prince de Condé.
De Guyenne, où il s’était retiré, Condé leva une armée. Il prétendait défendre le royaume contre le retour de Mazarin. En réalité, il cherchait à imposer sa tutelle au jeune roi. La guerre civile reprenait, plus violente que jamais.
Les combats ravagèrent les provinces. Bordeaux devint le quartier général des frondeurs. Les paysans, victimes des pillages des armées rivales, maudissaient également les deux camps. La France saignait tandis que ses princes se disputaient le pouvoir.
Condé commit l’erreur fatale de solliciter l’aide de l’Espagne. Des troupes espagnoles franchirent la frontière pour le soutenir. Le héros de Rocroi, le vainqueur des tercios, s’alliait maintenant à ceux qu’il avait écrasés. Cette trahison le discrédita aux yeux de nombreux Français.
La journée du faubourg Saint-Antoine.
Le 2 juillet 1652, Condé faillit périr. Son armée, acculée sous les murs de Paris, affrontait les troupes royales commandées par Turenne, son ancien compagnon d’armes devenu son adversaire. La bataille faisait rage dans le faubourg Saint-Antoine.
Les Parisiens, du haut des remparts, assistaient au spectacle. Parmi eux se trouvait la Grande Mademoiselle, Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier. Cette princesse exaltée, cousine du roi, s’était entichée de Condé et de sa cause.
Voyant le prince en difficulté, elle prit une décision audacieuse. Elle fit ouvrir les portes de Paris, aux troupes condéennes. Puis elle ordonna aux canons de la Bastille de tirer sur l’armée royale. Ces coups de canon sauvèrent Condé mais ruinèrent les espérances matrimoniales de la princesse. Louis XIV ne lui pardonna jamais.
Condé entra dans Paris. Pendant quelques semaines, il y régna en maître. Mais sa tyrannie et les exactions de ses troupes lassèrent rapidement les Parisiens. La Fronde, déjà impopulaire, devint odieuse. Les bourgeois aspiraient à la paix. Les princes comprirent qu’ils avaient perdu la partie.
La condamnation du 12 novembre 1652
Le 21 octobre 1652, Louis XIV rentra dans sa capitale. L’accueil fut triomphal. Les Parisiens, épuisés par des années de troubles, saluaient avec soulagement le retour de l’ordre monarchique. Mazarin, prudemment, restait encore en exil, mais chacun savait qu’il reviendrait bientôt.
Condé, lui, avait fui Paris. Abandonné par la plupart de ses partisans, il se réfugia aux Pays-Bas espagnols. Il emmenait avec lui quelques fidèles et beaucoup d’amertume. Le vainqueur de Rocroi devenait un proscrit.
Le 12 novembre 1652, Louis XIV tint un lit de justice au Parlement de Paris. Dans cette séance solennelle, il déclara coupables du crime de lèse-majesté le prince de Condé, sa sœur la duchesse de Longueville et plusieurs autres seigneurs. Le crime de lèse-majesté était le plus grave de tous. Il signifiait la mort civile, la confiscation des biens, l’infamie perpétuelle.
Cette condamnation marquait un tournant. Pour la première fois depuis longtemps, un roi de France osait frapper un prince du sang avec toute la rigueur des lois. Louis XIV, à quatorze ans, affirmait son autorité. Le temps des compromis et des faiblesses était révolu.
Au service de l’Espagne
Pendant sept ans, Condé servit l’Espagne contre sa patrie. Il commanda les armées de Philippe IV contre les troupes françaises. Il affronta Turenne dans les Flandres. Il assiégea des villes françaises et fit couler le sang français.
Cette période reste la plus controversée de sa vie. Ses admirateurs la passent sous silence ou tentent de l’excuser. Ses détracteurs y voient la preuve de son égoïsme monstrueux. Comment un homme qui avait tant fait pour la France pouvait-il ainsi la trahir ?
Les contemporains furent partagés. Certains comprenaient qu’un prince du sang, humilié et persécuté, cherche refuge chez l’ennemi. D’autres jugeaient inexcusable cette alliance avec l’Espagne. Bossuet lui-même, dans son oraison funèbre, devra user de toute son éloquence pour atténuer cette tache sur la mémoire du prince.
Sur le plan militaire, Condé n’obtint que des succès limités. Les Espagnols se méfiaient de lui. Ils lui refusaient les moyens nécessaires à de grandes opérations. Il gagnait quelques batailles, perdait quelques sièges, végétait dans une guerre d’usure qui n’aboutissait à rien.
La paix des Pyrénées et le pardon royal
Le 7 novembre 1659, la France et l’Espagne signèrent le traité des Pyrénées. Cette paix mettait fin à vingt-quatre ans de guerre. Louis XIV épousait l’infante Marie-Thérèse. L’Espagne cédait des territoires. L’équilibre européen se modifiait au profit de la France.
Une clause du traité concernait Condé. Philippe IV avait exigé, et obtenu, le pardon du prince. Louis XIV accepta de lever les condamnations prononcées contre son cousin. Condé pouvait rentrer en France, retrouver ses titres et ses biens.
Réception du Grand Condé par Louis XIV à Versailles » est une peinture de Jean-Léon Gérôme.
Le 27 janvier 1660, le prince fit sa soumission au roi à Aix-en-Provence. Il s’agenouilla devant Louis XIV, implora son pardon et jura fidélité. Le roi le releva, lui donna le baiser de paix et lui rendit ses bonnes grâces. La réconciliation était scellée.
Condé avait cinquante-neuf ans. Ses cheveux avaient blanchi. Son corps portait les traces de vingt années de campagnes. Mais son esprit restait vif et son courage intact. Il lui restait encore quelques belles pages à écrire.
Le serviteur loyal du Roi-Soleil
La dernière période de la vie de Condé fut consacrée au service du roi. Ne faisant rien à moitié, comme l’avait noté un contemporain, il devint le plus dévoué et le plus fidèle des serviteurs royaux.
En 1668, il conquit la Franche-Comté en moins de trois semaines. Cette campagne foudroyante stupéfia l’Europe. Condé avait retrouvé toute sa virtuosité tactique. À quarante-sept ans, il prouvait qu’il restait le premier capitaine de son temps.
En 1672, lors de la guerre de Hollande, il commanda l’une des armées françaises. Il franchit le Rhin à la nage, à la tête de sa cavalerie. Ce passage, immortalisé par la propagande royale, devint l’un des hauts faits du règne. Louis XIV lui-même y participa, mais c’est Condé qui en fut le véritable héros.
En 1674, à Seneffe, il affronta Guillaume d’Orange. La bataille fut indécise, mais Condé y fit preuve d’un courage qui frôlait la témérité. Plusieurs chevaux furent tués sous lui. Il échappa de peu à la mort. Cette fureur guerrière, intacte malgré l’âge, impressionnait tous ceux qui en étaient témoins.
Le seigneur de Chantilly
La goutte et les infirmités contraignirent finalement Condé à la retraite. Il se retira dans son domaine de Chantilly, qu’il transforma en une résidence princière rivale de Versailles.
Les plus grands artistes travaillèrent pour lui. Le Nôtre dessina les jardins. Mansart remania les bâtiments. Des fontaines jaillirent, des parterres fleurirent, des bosquets furent plantés. Chantilly devint un lieu enchanteur où le prince recevait avec magnificence.
Les écrivains et les philosophes fréquentaient sa cour. La Fontaine, Molière, Boileau, Racine y furent reçus. Bossuet lui-même venait y prêcher. Le vieux guerrier, qui n’avait longtemps connu que les camps et les batailles, se découvrait une passion pour les lettres et les arts.
Il y avait quelque chose de touchant dans ce prince jadis si turbulent, devenu un hôte paisible et cultivé. Celui qui avait fait trembler la France présidait maintenant des fêtes galantes et des soupers fins. Le lion s’était assagi, mais il restait lion.
La mort d’un héros
Le 11 décembre 1686, Louis II de Bourbon, prince de Condé, rendit le dernier soupir à Fontainebleau. Il avait soixante-cinq ans. La goutte, qui le torturait depuis des années, avait fini par avoir raison de lui.
Louis XIV ordonna des funérailles grandioses. Le corps fut transporté à l’église de Vallery, nécropole de la maison de Condé. Toute la cour suivit le cortège. Le Roi-Soleil lui-même pleura celui qui avait été son plus dangereux ennemi avant de devenir son plus fidèle serviteur.
Bossuet prononça l’oraison funèbre en l’église Notre-Dame de Paris. Ce discours reste un chef-d’œuvre de l’éloquence sacrée. L’évêque de Meaux y déploya tout son génie pour célébrer les vertus du prince tout en excusant ses fautes. La péroraison, d’une beauté saisissante, arracha des larmes à l’assemblée.
« Venez, peuples, venez maintenant, mais venez plutôt, princes et seigneurs, et vous qui jugez la terre, et vous qui ouvrez aux hommes les portes du ciel, et vous, plus que tous les autres, princes et princesses, nobles rejetons de tant de rois, lumières de la France… »
En conclusion – Pensées d’Angénic
Le Grand Condé incarne à mes yeux toutes les contradictions du XVIIe siècle français. Ce prince du sang, élevé pour servir le roi, ne put jamais accepter d’être un simple sujet. Son orgueil immense le poussa à défier l’autorité royale, quitte à trahir sa patrie. Puis ce même orgueil le ramena au service du roi, car seule la gloire militaire pouvait satisfaire son ambition.
Sa trajectoire me fascine parce qu’elle est si profondément humaine. Condé n’était ni un monstre ni un saint. C’était un homme extraordinairement doué, mais incapable de maîtriser ses passions. Ses victoires témoignent de son génie. Ses erreurs témoignent de sa faiblesse.
La Fronde reste sa grande faute. En s’alliant à l’Espagne, il a trahi tout ce pour quoi il avait combattu. Les victoires de Rocroi, de Fribourg, de Lens perdaient leur sens si leur auteur finissait par servir l’ennemi. Cette tache, même lavée par le pardon royal et les services ultérieurs, ne s’efface pas complètement.
Mais je ne peux m’empêcher d’admirer sa fin de vie. Ce retour à la loyauté, cette transformation du rebelle en serviteur modèle, cette reconversion du guerrier en mécène des arts témoignent d’une grandeur d’âme peu commune. Condé sut se réinventer quand les circonstances l’exigèrent.
Le vainqueur de Rocroi repose à Vallery, mais son ombre plane encore sur Chantilly, où les fontaines murmurent ses exploits aux promeneurs distraits.
Sources et références
- Bibliothèque nationale de France – Gallica – Archives numérisées sur la Fronde et le Grand Condé
- Archives nationales de France – Documents relatifs au procès pour lèse-majesté
- Desormeaux, Histoire de Louis de Bourbon, prince de Condé, Paris, 1766-1768 – Disponible sur Google Books
- Château de Chantilly – Musée Condé – Collections et archives sur la maison de Condé
- Bossuet, Oraison funèbre du prince de Condé (1687) – Wikisource
- Encyclopédie Larousse – Louis II de Bourbon
- Duc d’Aumale, Histoire des princes de Condé, Paris, 1863-1896
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