La définition d’un artiste pourrait être celle-ci : une personne qui observe le monde, l’analyse, l’anticipe et le transcrit en le vulgarisant (au sens le plus noble du terme,) c’est-à-dire en le rendant accessible au plus grand nombre.
Quand l’Art Rencontre l’Écologie, la Mode Devient Manifeste
Dans un monde où la mode produit 100 milliards de vêtements par an et génère plus de déchets que jamais, où l’industrie textile est responsable de 10% des émissions mondiales de carbone, quelques voix s’élèvent pour dire qu’une autre voie est possible. Karl Yala est de celles-là. Mais contrairement à beaucoup d’autres créateurs qui se réclament de l’éco-responsabilité, lui ne fait pas dans la demi-mesure.
Né au Congo Brazzaville (Pointe Noire), ayant grandi à Marseille et vécu 20 ans en Suisse avant de revenir en France, Karl Yala incarne ce que l’on pourrait appeler l’artiste total. Designer, styliste, photographe, fondateur de sa propre école de mannequinat, directeur artistique de tous ses projets… Il maîtrise chaque étape de son processus créatif, du croquis initial à la réalisation concrète de modèles uniques faits main.
Mais ce qui le distingue vraiment, c’est son approche radicale de la création : il utilise tout ce qui lui tombe sous la main – tissu, papier, cannette, carton, bois – pour confectionner des collections de vêtements, chaussures, masques et accessoires hautement artistiques. Ce n’est pas du recyclage. C’est de l’upcycling, cette technique qui transcende le simple fait de réutiliser pour créer quelque chose de plus précieux, de plus beau, de plus significatif que la matière première originale.
karla Yala robe coca cola
The Chocolate Factory : Un Nom, Un Univers
Pourquoi « The Chocolate Factory » ? Le nom évoque immédiatement l’univers onirique de Roald Dahl, ce lieu magique où l’impossible devient possible, où la créativité n’a pas de limites, où chaque pièce réserve une surprise. C’est exactement ce que propose Karl Yala : un univers où les couleurs et toutes les textures créent la surprise.
Mais il y a peut-être aussi dans ce nom une référence plus personnelle. Le chocolat, c’est l’Afrique. C’est la transformation d’une matière brute en délice raffiné. C’est le travail patient, minutieux, alchimique. Exactement comme le processus créatif de Karl.
Son art dissimule une certaine robustesse, un travail long, minutieux et répétitif. L’artiste fait preuve d’une patience extrême, d’une minutie persistante et d’une ingénuité réelle. Il est capable de répéter à l’infini les mêmes gestes, mouvements, et ceci des heures et mois durant pour réaliser l’ensemble de son travail.
Le résultat ? Des créations qui brillent et irradient. Des œuvres qui s’apparentent à des armures portées par des rois ou des reines majestueuses et fortes. C’est ce mécanisme qui rend l’art de Karl Yala unique et impressionnant.
Elegancia collection l’Air du Temps de Karl Yala
Un Artiste Qui Définit Lui-Même Sa Définition
La définition d’un artiste pourrait être celle-ci : une personne qui observe le monde, l’analyse, l’anticipe et le transcrit en le vulgarisant (au sens le plus noble du terme), c’est-à-dire en le rendant accessible au plus grand nombre.
Et s’il est bien une personne à laquelle le terme artiste s’applique, c’est bien Karl Yala. Fin observateur de son environnement social, de travail, naturel, il ingurgite, absorbe, se confronte aux réalités de la société et s’en sert pour créer des vêtements, revendiquer.
Loin de faire de l’art triste, cet autodidacte utilise tout ce qui lui tombe sous la main (tissu, papier, cannette, carton, bois etc..) pour confectionner, à la main, des collections de vêtements, chaussures, masques et accessoires hautement artistiques.
Un Univers Artistique Reconnaissable
Il y a du Kandinsky, du surréalisme, et un peu de l’univers des contes de fées dans son univers. Quelque chose de viscéral et sublime. Ses shows – « Matières recyclables et Mode » en 2012 et « Viens suis-moi dans mon monde » en 2014 – ne présentent que des pièces uniques inspirées par ses muses : les mannequins qu’il choisit et forme avant de les transformer en créatures mythologiques tel un Pygmalion.
karl Yala style charleston revisité
L’univers de l’artiste révèle d’innombrables influences externes très diverses. L’Art Africain dans sa complexité, dans son traditionalisme, dans sa prodigieuse imagination, dans l’omniprésence du sacré et l’intensité magique qu’il porte en lui. Ces œuvres font référence à son passé, ses expériences et à son parcours de vie. Chaque pièce matérialisée fait référence à un moment de sa vie, à une situation réelle, à un film qui l’a marqué, à une histoire d’amour vécue, un univers bien à lui, une certaine folie…
Son regard expert et vif sait immédiatement saisir chaque individualité et tel un miroir magique, les vêtements reflètent la beauté corporelle, sensuelle du corps féminin ou masculin. L’artiste possède indéniablement ce talent inné qui sait si bien mettre en valeur chaque morphologie dans une recherche incessante de la perfection et du détail.
La Mode Comme Outil de Réflexion Sociétale
Au travers de ses créations, Karl cherche à provoquer des réactions et des interrogations dans le public. Quel est leur regard sur le monde, leurs valeurs, l’avenir de la planète autant que celui de ceux qui y vivent.
Une pierre dans l’océan des questions métaphysiques mais qui fait des ricochets et façonne des émules. Son engagement artistique se concentre sur des questions liées à la biodiversité naturelle comme humaine, ainsi qu’à des questions de santé. Il soutient d’ailleurs l’association Suzette au Congo.
Pour lui, créer est comme une thérapie, c’est une manière d’exprimer ses sentiments et de faire ressortir les émotions enfouies au plus profond de son être. La création est un art de vivre qu’il a adopté depuis des années.
Cheyenne par Karl Yala
L’Upcycling : Au-Delà du Recyclage
L’artiste s’inscrit dans le futur, ce qui l’amène à exploiter son énorme créativité au service de sa propre marque de prêt-à-porter, quitte à ce que cela dépasse la vision du monde actuel. En dépit du temps qui passe, l’intérêt de l’homme pour l’environnement reste intact. C’est ainsi que cette influence est visible dans sa marque de prêt-à-porter qui suit toute la conception de l’artiste mais de plus apporte une nouvelle innovation dans l’upcycling qui diffère du recyclage.
L’upcycling, contrairement au recyclage simple, ne se contente pas de transformer un déchet en nouvelle matière première. Il prend un objet destiné à être jeté et le transforme en quelque chose de plus précieux, de plus beau, de plus désirable. C’est exactement ce que fait Karl : transformer des cannettes en armures de lumière, des cartons en structures architecturales portables, des tissus abandonnés en pièces de haute couture.
Cette approche fait de lui un candidat digne du Prix COAL qui unit arts et développement durable et pour lequel il pourrait être en compétition sans aucun problème.
Le Prix COAL : Quand l’Art Devient Acteur du Changement
Le Prix COAL, créé en 2010 par l’association COAL (Coalition pour l’art et le développement durable), récompense chaque année des artistes qui emploient leurs talents à imaginer et expérimenter des solutions face à la crise écologique. Placé sous le haut patronage du ministère de la Culture et de la Communication et du Centre National des Arts Plastiques, ce prix met à l’honneur dix projets d’artistes travaillant dans le domaine des arts plastiques et visuels en lien avec les enjeux environnementaux.
Les critères de sélection prennent en compte la valeur artistique, la pertinence, l’originalité, la pédagogie, la démarche sociale et participative, l’éco-conception et la faisabilité des projets. Le lauréat se voit décerner une dotation et bénéficie d’une grande visibilité, ainsi que de la mise en relation avec des partenaires susceptibles de participer à la réalisation du projet.
REFLECTIONS-4 by Karl Yala
Le travail de Karl Yala coche toutes ces cases. Sa démarche artistique questionne notre rapport à la consommation, à l’environnement, à la beauté. Ses créations prouvent qu’on peut faire du luxe, du glamour, de l’extraordinaire avec ce que la société jette. C’est un message puissant, poétique, nécessaire.
« Yalla » : Allons-Y !
Dans la langue arabe, son nom signifie « Allons-Y ! ». C’est un nom prédestiné pour quelqu’un qui refuse de rester immobile, qui avance, qui crée, qui transforme. Designer, styliste, photographe, esthète et casseur de barrières, Karl nous propose de découvrir son univers.
Un Artiste Multifacette
Au-delà de la création de mode, Karl Yala est également photographe professionnel avec 15 années d’expérience. Spécialisé dans la photographie de mode, de portrait et de mariage, il apporte à chaque projet son œil d’artiste, sa sensibilité, sa capacité à sublimer.
Il maîtrise parfaitement l’ensemble des étapes successives de A à Z, en allant du croquis créatif à la réalisation concrète de modèles uniques faits main ainsi que du design qu’il a créé jusqu’au thème. Cette vision globale, cette maîtrise totale du processus créatif, fait de lui un artiste complet, rare, précieux.
Le Défilé du 1er Juillet 2017 : Un Moment de Grâce
En 2017, Karl Yala a organisé un défilé de mode artistique à Paris, dans la ville Lumière qu’il a fait sans aucun doute briller de mille feux. Ce type d’événement est crucial pour des artistes comme lui : c’est l’occasion de montrer au monde que la mode peut être à la fois artistique, écologique, engagée et absolument magnifique.
Les défilés de Karl ne sont pas de simples présentations de collections. Ce sont des performances, des œuvres d’art totales où chaque détail compte : les vêtements bien sûr, mais aussi les mannequins (qu’il forme lui-même), la scénographie, la musique, l’atmosphère. Tout est pensé, créé, orchestré pour créer une expérience immersive qui interroge autant qu’elle émerveille.
Les Anges de Karl Yala
En pensées – Conclusion d’Angénic
Quand j’ai découvert le travail de Karl Yala, j’ai été saisie par une évidence : voilà un artiste qui ne triche pas. Qui ne se contente pas de mettre « éco-responsable » sur une étiquette pour suivre une tendance. Qui ne fait pas semblant.
Karl transforme réellement des déchets en œuvres d’art. Pas des déchets nobles, pas des tissus vintage sélectionnés avec soin. Non : des cannettes. Du carton. Des trucs que la société jette sans y penser. Et il en fait des pièces qui brillent, qui irradient, qui ont l’air de sortir d’un conte de fées futuriste.
Ce qui me fascine, c’est cette patience. Cette capacité à répéter les mêmes gestes pendant des heures, des jours, des mois pour arriver au résultat désiré. Dans notre société de l’immédiateté, de la fast fashion, de la consommation jetable, Karl propose l’inverse : le temps long, le travail manuel, la création minutieuse.
Il y a quelque chose de profondément subversif dans son approche. En transformant des déchets en luxe, il pose des questions fondamentales : qu’est-ce que la beauté ? Qu’est-ce que la valeur ? Pourquoi jetons-nous tant ? Pourquoi créons-nous autant ? De quoi avons-nous vraiment besoin ?
Ses références à l’Art Africain me touchent particulièrement. Parce que l’Afrique a longtemps été perçue par l’Occident comme un continent de manque, de pauvreté, de sous-développement. Mais l’Afrique, c’est aussi une tradition millénaire de créativité, d’ingéniosité, de transformation. L’art africain a toujours su faire du magnifique avec ce qui était disponible. Karl s’inscrit dans cet héritage tout en le projetant dans le futur.
Son concept de mannequins qu’il forme et transforme en créatures mythologiques me rappelle le mythe de Pygmalion. Mais ici, ce n’est pas l’histoire d’un sculpteur qui tombe amoureux de sa création. C’est l’histoire d’un artiste qui donne aux gens les outils pour devenir la meilleure version d’eux-mêmes. Qui les sublime. Qui les transforme en œuvres d’art vivantes.
La comparaison avec Kandinsky et le surréalisme est juste. Il y a dans ses créations cette même liberté, cette même capacité à transcender le réel pour atteindre quelque chose de plus profond. Les surréalistes disaient qu’ils voulaient libérer l’inconscient. Karl, lui, veut peut-être libérer notre rapport au monde matériel.
Le fait qu’il soutienne l’association Suzette au Congo montre que son engagement n’est pas que théorique. Il met son art au service de causes concrètes, de vraies personnes, de vrais besoins. C’est cohérent. C’est authentique.
Le fait qu’il soit aussi photographe professionnel montre qu’il comprend l’image, la mise en scène, la narration visuelle. Ses défilés ne sont pas que des shows de mode : ce sont des œuvres d’art performatives qui racontent des histoires, qui posent des questions, qui créent des émotions.
J’aime particulièrement le fait qu’il ait créé sa propre école de mannequinat. Parce que ça veut dire qu’il ne se contente pas de créer seul dans son coin. Il transmet. Il forme. Il partage. Il crée une communauté, un mouvement, un élan collectif.
Ses shows « Viens suis-moi dans mon monde » reflètent parfaitement sa personnalité. C’est une invitation. Karl ne nous impose pas sa vision, il nous invite à la découvrir, à la partager, à la vivre. Il nous tend la main et nous dit : « Viens, je vais te montrer quelque chose de différent. Quelque chose de beau. Quelque chose de possible. »
Et c’est exactement ce que fait le grand art : il nous montre ce qui pourrait être. Il ouvre des portes. Il élargit notre imagination. Il nous prouve que ce que nous pensions impossible ne l’est pas.
Karl Yala est un alchimiste. Il transforme le plomb en or. Les déchets en œuvres d’art. Le désespoir écologique en espoir créatif. C’est rare. C’est précieux. C’est nécessaire.
Alors oui, « Yalla » ! Allons-y ! Suivons cet artiste dans son monde. Laissons-nous inspirer par sa créativité, par son engagement, par sa vision. Parce que des créateurs comme lui nous montrent qu’un autre futur est possible. Un futur où la mode est belle ET éthique. Où l’art est magnifique ET engagé. Où la création est luxueuse ET responsable.
Merci Karl, de nous montrer le chemin. Merci de transformer nos déchets en rêves. Merci de prouver que la beauté peut sauver le monde.
Sources et pour aller plus loin :
- Site officiel Karl Yala
- Biographie Karl Yala
- Artiste – Karl Yala
- Karl Yala: The Chocolate Factory – Paris Par Rues Méconnues
- L’Art de la Mode par Karl Yala – M.I.A Culture
- Défilé de mode artistique Karl Yala – Ulule
- Prix COAL Art et Environnement
- COAL – Coalition pour l’art et le développement durable
- Karl Yala Photographe
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