Février 2026. Los Angeles se prépare à accueillir la 68e cérémonie des Grammy Awards. Tapis rouge, robes extravagantes, discours larmoyants, performances surproduites. Le rituel est rodé. La Recording Academy décernera ses trophées dorés devant des millions de téléspectateurs. On célébrera « l’excellence musicale ». On parlera d' »authenticité artistique ». On applaudira les « talents émergents ».
Mais derrière cette façade scintillante, les mêmes questions reviennent, année après année, sans réponse satisfaisante : Qui vote vraiment ? Pourquoi certains genres musicaux dominants mondialement restent-ils ignorés ? Comment expliquer le fossé abyssal entre popularité massive et reconnaissance académique ? Les Grammys célèbrent-ils encore la musique, ou simplement leur propre existence ?
Grammys Le Rituel Annuel du Malaise Doré
Les Grammy Awards traversent une crise d’identité profonde. Entre actions sociales louables et opacité institutionnelle, entre ouverture affichée et conservatisme structurel, entre spectacle mainstream et authenticité underground, l’académie navigue dans des eaux troubles. La 68e édition ne fera probablement pas exception.
Le paradoxe fondamental : Les Grammys possèdent une portée mondiale inégalée. Des centaines de millions de spectateurs. Une influence culturelle considérable. Une plateforme capable de façonner les goûts musicaux, de propulser des carrières, de porter des messages essentiels. Cette puissance devrait être utilisée pour élever l’art, célébrer la diversité authentique, servir d’exemple moral. Au lieu de cela, l’institution semble prisonnière de ses contradictions, incapable de transformer son pouvoir en force positive cohérente.
I. Le Système de Vote : Une Boîte Noire Dorée
Le principal problème des Grammys réside dans l’opacité totale de leur processus de vote. La Recording Academy compte environ 13 000 membres votants — artistes, producteurs, ingénieurs du son, compositeurs. Mais personne ne sait précisément qui vote, comment les bulletins sont comptabilisés, ni quels critères prévalent réellement.
Opacité du système de vote
Malgré les réformes promises après les scandales de 2021, le processus de vote reste largement opaque. Selon Sound Royalties, le vote se déroule en cinq étapes distinctes :
- Screening initial : Plus de 350 experts musicaux examinent les soumissions pour vérifier leur éligibilité
- Nomination : Les membres votants sélectionnent leurs choix dans un maximum de 15 catégories de genre plus les 4 catégories principales
- Révision : Des comités spéciaux dans les « Chapter cities » révisent certaines catégories spécialisées
- Vote final : Tous les membres en règle votent pour déterminer les gagnants
- Comptabilisation : Un cabinet comptable indépendant procède au décompte avec enveloppes scellées
Pour devenir Voting Member, les critères sont stricts : deux recommandations de pairs, minimum douze crédits professionnels dans sa catégorie (dont au moins un dans les cinq dernières années), des crédits sur des enregistrements distribués via plateformes reconnues, et une documentation intégralement vérifiable.
Cependant, des zones d’ombre persistent. On ignore toujours précisément qui compose les comités de révision, comment les décisions sont réellement prises en cas de désaccord, et quels critères subjectifs sont appliqués concrètement. Cette opacité alimente les soupçons de favoritisme et de manipulation.
Le processus officiel :
- Les membres soumettent des candidatures (auto-nomination possible)
- Des comités de sélection établissent les shortlists
- Les membres votent pour les nominés
- Les résultats sont annoncés lors de la cérémonie
Composition démographique et biais structurels
Selon une enquête de Voice of America, en 2020, 66% des membres votants étaient blancs et 53% avaient plus de 50 ans. Harvey Mason Jr., actuel CEO de la Recording Academy, a promis une diversification active du corps électoral, mais aucune donnée publique récente ne confirme de changement significatif dans cette composition démographique.
Le scandale Neil Portnow reste gravé dans les mémoires. En 2018, l’ancien président de la Recording Academy avait déclaré que les femmes devaient « step up » (se bouger) pour gagner des Grammys, provoquant une indignation générale et révélant les biais genrés profondément institutionnalisés.
Le problème :
Ces « comités de sélection » fonctionnent dans l’ombre. Leur composition change, leurs critères restent flous, leurs délibérations secrètes. Des artistes majeurs ont dénoncé ce système pendant des années.
The Weeknd, après avoir été totalement ignoré en 2021 malgré l’album After Hours (succès planétaire), a qualifié les Grammys de « corrompus ». Il a depuis boycotté l’institution.
Drake a retiré ses nominations à plusieurs reprises, dénonçant un système qui favorise certains types de musique (rock, pop blanche) au détriment d’autres (rap, R&B contemporain).
Zayn Malik, ex-One Direction, a tweeté en 2021 : « Unless you shake hands and send gifts, there’s no nomination considerations » (À moins de serrer des mains et d’envoyer des cadeaux, aucune considération pour les nominations).
La transparence promise après ces scandales ne s’est jamais matérialisée. L’affaire Deborah Dugan
En 2019, Deborah Dugan devient la première femme présidente de la Recording Academy. Cinq mois plus tard, elle est brutalement licenciée. Dans sa plainte déposée auprès de l’EEOC (Equal Employment Opportunity Commission), elle révèle des accusations explosives :
- Des comités secrets pouvaient modifier les résultats finaux après le vote des membres
- Des conflits d’intérêts flagrants existaient, avec des membres votant pour des projets dont ils bénéficiaient financièrement
- La culture interne était hostile aux femmes et aux minorités
- Des irrégularités dans le processus de nomination favorisaient certains labels et artistes
Ces révélations, bien que partiellement contestées par la Recording Academy, ont durablement entaché la crédibilité de l’institution.
III. Misogynie Structurelle : Les Chiffres Parlent
Les Grammy Awards ont un problème chronique avec les femmes artistes. Particulièrement dans les catégories majeures : Album of the Year, Record of the Year, Producer of the Year.
Quelques statistiques accablantes :
- Entre 2013 et 2023, seulement 13% des nominations en production concernaient des femmes
- Dans les catégories techniques (ingénierie sonore, mixage), les femmes représentent moins de 5% des nominés
- Album of the Year a été remporté par des femmes seulement 14 fois en 65 éditions
En 2018, le président de la Recording Academy, Neil Portnow, a provoqué un tollé en déclarant que les femmes devaient « step up » (faire un effort) pour être reconnues. Il a démissionné peu après, mais le problème structurel demeure.
2026 ne changera probablement rien. Les nominations refléteront encore un biais inconscient (ou conscient) favorisant les artistes masculins dans les catégories prestigieuses, reléguant les femmes aux catégories secondaires ou « genre-spécifiques ».
IV. L’Énigme K-pop et Musiques Mondiales : Popularité Globale, Invisibilité Grammy
Voici le paradoxe le plus flagrant des Grammy Awards : des artistes vendant des millions d’albums mondialement, remplissant des stades de 60 000 places en quelques minutes, dominant les charts planétaires — sont systématiquement ignorés.
Un phénomène commercial ignoré
Le cas de la K-pop illustre parfaitement les contradictions des Grammys face à la musique non-occidentale. BTS, groupe sud-coréen aux 40 millions d’albums vendus et aux stades complets sur tous les continents, n’a jamais remporté de Grammy dans une catégorie majeure malgré quatre nominations. Leur fanbase, l’ARMY, représente l’une des communautés les plus engagées et organisées de l’histoire de la musique.
BLACKPINK, avec plus de 90 millions d’abonnés sur YouTube et des collaborations avec des artistes occidentaux de premier plan, reste également ignorée par l’Académie. Stray Kids, qui a dominé les charts Billboard depuis 2023 n’a reçu aucune nomination significative.
Les artistes K-pop les plus influents de la décennie n’ont jamais remporté un seul Grammy majeur. Une ou deux nominations symboliques. C’est tout. Aucune reconnaissance substantielle pour des phénomènes qui ont redéfini la musique pop mondiale.
Pourquoi cette exclusion ?
1. Barrière linguistique hypocrite Les Grammys prétendent célébrer la musique mondiale, mais historiquement favorisent l’anglais. Pourtant, Bad Bunny (reggaeton en espagnol) a été nommé Album of the Year en 2023. La langue n’est donc pas le vrai obstacle.
2. Racisme culturel latent Certains genres restent perçus comme « musique de niche », « phénomène de fans adolescentes », pas comme formes artistiques légitimes. Les académiciens votent selon leurs préjugés générationnels et culturels.
3. Stratégie d’audience cynique Les Grammys invitent régulièrement des artistes internationaux pour performer (booster les audiences), mais sans les récompenser. Pic d’audience garanti. Récompense : aucune.
2026 : KATSEYE, le cache-misère
CL’annonce de la performance de Katseye aux Grammys 2026 mérite analyse. Ce girl group, formé via le concours télévisé « The Debut: Dream Academy », est le fruit d’une collaboration entre HYBE (maison mère de BTS) et Geffen Records (filiale d’Universal Music Group).
Contrairement à BTS ou BLACKPINK, Katseye bénéficie d’un ancrage américain direct : label américain, membres multiculturelles incluant des Américaines, et stratégie marketing orientée vers le marché occidental dès le départ. Leur invitation aux Grammys suggère que l’Académie accepte la K-pop uniquement lorsqu’elle est suffisamment « américanisée » ou contrôlée par des intérêts américains.
Mais creusons un peu :
HYBE Corporation, géant coréen du divertissement, est actuellement sous enquête gouvernementale en Corée du Sud pour :
- Fraudes fiscales (manipulations comptables)
- Corruption (pots-de-vin à des médias et diffuseurs)
- Manipulations des chiffres de vente (achat massif de ses propres albums pour gonfler les classements)
Sans parler du scandale Coachella fin 2025 : des documents internes révélant que HYBE avait tenté d’acheter une tête d’affiche moyennant paiements occultes, provoquant l’annulation de plusieurs négociations.
Le précédent HYBE-Coachella
En 2023, le festival Coachella avait initialement programmé BLACKPINK en tête d’affiche. Des rumeurs persistantes ont suggéré que HYBE, concurrent direct de YG Entertainment (label de BLACKPINK), aurait exercé des pressions pour limiter la visibilité du groupe. Bien que jamais officiellement confirmées, ces allégations illustrent les jeux de pouvoir qui traversent l’industrie musicale mondiale et questionnent l’indépendance réelle des programmateurs et des institutions de récompenses.
Les Grammys invitent donc KATSEYE, produit par une entreprise sous le coup de multiples enquêtes, tout en continuant d’ignorer les artistes véritablement influents et intègres.
Cynisme ou incompétence ? Probablement un mélange des deux. Les Grammys veulent l’audience internationale sans accorder la légitimité artistique. KATSEYE sert de cache-misère : « Regardez, on est ouverts ! » Pendant ce temps, les vrais pionniers restent snobés.
V. Grammy Week et MusiCares : Là où se Passe le Vrai Travail
Paradoxe salvateur : derrière le spectacle télévisé, les Grammys accomplissent un travail social considérable.
Une mission sociale louable
Avant la cérémonie principale, la Recording Academy organise traditionnellement le gala MusiCares Person of the Year.
MusiCares représente la branche caritative de la Recording Academy, fondée pour venir en aide aux professionnels de la musique traversant des difficultés personnelles, médicales ou financières. L’organisation offre des services concrets : aide d’urgence pour le logement, accès aux soins de santé mentale, programmes de désintoxication, et soutien lors de catastrophes naturelles.
MusiCares, l’organisme caritatif de la Recording Academy, organise des événements essentiels pour aider les musiciens en difficulté financière, médicale ou psychologique. Depuis 1989, MusiCares a distribué plus de 70 millions de dollars en aide directe : soins de santé, traitement des addictions, logement d’urgence, aide juridique.
MusiCares Person of the Year 2026 : Mariah Carey
Cette année, Mariah Carey sera honorée lors du gala MusiCares, reconnaissant non seulement sa carrière légendaire mais aussi son engagement philanthropique. Le gala, prévu le 30 janvier 2026, réunira des dizaines d’artistes pour un tribute concert dont les fonds soutiendront les programmes MusiCares.
Note importante : En 2025, MusiCares a honoré les Grateful Dead, et l’intégralité des fonds récoltés a été immédiatement reversée pour soulager les souffrances des habitants de Los Angeles touchés par les incendies dévastateurs de janvier. Cette mobilisation rapide illustre le meilleur visage des Grammys : une communauté musicale capable de se rassembler pour des causes urgentes.
Au-delà de MusiCares, la Recording Academy mène d’autres actions sociales :
Grammy in the Schools Programme éducatif apportant des instruments, des cours de musique et des masterclasses dans les écoles défavorisées. Depuis sa création, le programme a touché plus de 100 000 élèves.
Bourses d’études Chaque année, l’académie distribue des bourses d’études à de jeunes musiciens talentueux issus de milieux modestes. Ces bourses couvrent les frais de conservatoire, d’université, d’équipement musical.
Soutien aux jeunes talents Programmes de mentorat, résidences artistiques, studios d’enregistrement mis à disposition gratuitement pour les artistes émergents.
Un écran de fumée ?
Si l’action de MusiCares reste indéniablement positive, certains critiques y voient une stratégie de relations publiques permettant à la Recording Academy de redorer son image. Comment réconcilier cette générosité affichée avec les pratiques opaques qui régissent l’attribution des récompenses ? L’institution semble cultiver une dualité troublante : philanthrope d’un côté, gardienne d’un système élitiste de l’autre.
La Grammy Week
La Grammy Week (semaine précédant la cérémonie) regorge d’événements constructifs :
- Panels sur l’évolution des droits d’auteur
- Ateliers techniques de production sonore
- Showcases d’artistes émergents
- Discussions sur l’IA et la création musicale
- Tables rondes sur la santé mentale des musiciens
Le paradoxe demeure : Les Grammys font un travail social considérable, mais ce travail reste largement invisible comparé au spectacle télévisé de trois heures. Pourquoi ? Parce que l’institution elle-même privilégie le show au fond, l’audience aux valeurs.
Avec une plateforme d’une telle portée mondiale, les Grammys pourraient faire infiniment plus. Imaginez si chaque performance télévisée était suivie d’un segment de 30 secondes expliquant le travail de MusiCares. Si chaque catégorie majeure était précédée d’une histoire inspirante d’un musicien aidé par l’académie. Si la cérémonie elle-même utilisait son pouvoir de captation d’attention pour porter des messages positifs cohérents.
Au lieu de cela, l’institution sépare hermétiquement son travail social (discret, efficace) de son spectacle public (bruyant, souvent vide). Dommage.
VI. La Premiere Ceremony : L’Authenticité Reléguée
Ironie suprême : la cérémonie la plus authentique n’est pas celle que le grand public voit.
La Premiere Ceremony (cérémonie de première diffusion), qui se tient l’après-midi du même jour au Crypto.com Arena, distribue plus de 70 catégories célébrant une diversité musicale :
- Musique indie (tous genres confondus)
- Gospel et musique chrétienne contemporaine
- Americana (roots, folk, bluegrass)
- Musique classique (orchestre, opéra, chambre)
- Progressive rock et metal
- World music (catégories africaines, latines, asiatiques nouvellement créées)
- Jazz (traditionnel, contemporain, fusion)
- Blues, reggae, roots
Cette cérémonie remplit le Crypto.com Arena, des milliers de musiciens, techniciens, producteurs venus célébrer leur communauté. L’atmosphère est chaleureuse, authentique. Les discours sont sincères. Les applaudissements spontanés.
Il y a un show télévisé — la cérémonie est retransmise en streaming sur Grammy.com et certaines plateformes. Mais sa diffusion reste confidentielle comparée à la cérémonie principale sur CBS en prime time.
Pourquoi cette séparation ?
Raison officielle : Impossible de diffuser 80+ catégories en trois heures de prime time. Il faut condenser.
Raison réelle : Les catégories « niche » (indie, classique, world music) ne génèrent pas l’audience mainstream recherchée par les annonceurs. CBS paie des millions pour diffuser les Grammys. Elle veut Taylor Swift, Beyoncé, les têtes d’affiche qui font grimper les audiences et les tarifs publicitaires.
Le résultat : Les genres musicaux les plus riches, les plus innovants, les plus divers sont relégués à une cérémonie « préliminaire » — comme si la musique classique, le jazz ou l’Americana étaient des catégories mineures. Ce choix éditorial reflète les priorités de l’institution : le spectacle avant la substance.
Et pourtant, la Premiere Ceremony célèbre ce que les Grammys prétendent valoriser : l’excellence technique, la diversité musicale, l’innovation artistique. C’est là que sont récompensés les ingénieurs du son qui façonnent le son d’une époque, les compositeurs classiques qui repoussent les limites harmoniques, les producteurs de world music qui créent des ponts entre continents.
Cette cérémonie devrait être le cœur des Grammys. Au lieu de cela, elle est traitée comme un événement secondaire dont il faut se débarrasser avant le « vrai » show.
VII. La Cérémonie Télévisée : Rituels Étranges et Perte d’Âme
Parlons maintenant de ce que le grand public voit : trois heures de show télévisé sur CBS, diffusé en prime time, générant des millions de dollars publicitaires.
Ce qui a changé ces dernières années :
1. Performances de plus en plus théâtrales, de moins en moins musicales
Les artistes ne chantent plus simplement. Ils mettent en scène des mini-opéras conceptuels : danses synchronisées, effets pyrotechniques, projections vidéo, costumes changeants. Le problème : la musique passe au second plan. Et en ces temps deja si difficiles, avons-nous vraiment encore besoin de voir, lors d’une soiree d’amusement, de voire des trucs louches et malsains?
Souvenez-vous de la performance de Sam Smith et Kim Petras aux Grammys 2023 (Unholy) : décor infernal, cornes diaboliques, cages enflammées, danseurs en tenues SM. Controverse massive. Accusations de « satanisme ». La chanson elle-même ? Impossible de l’entendre correctement dans ce chaos visuel.
2. Symboles occultes et esthétiques inquiétantes
Depuis une décennie, certaines performances Grammy multiplient les références occultes, volontairement provocatrices ou inconsciemment troublantes :
- Rituels de type « messe noire »
- Imagerie franc-maçonnique ou illuminati
- Symbolisme sexuel explicite mêlé à des références religieuses
Pourquoi ? Plusieurs hypothèses :
- Stratégie marketing : choquer pour générer du buzz social
- Expression artistique : repousser les limites du spectacle
- Perte de repères moraux : l’industrie musicale, déconnectée de toute éthique, célèbre la transgression pour la transgression
Le résultat : un malaise grandissant chez les spectateurs, y compris non-religieux, face à ces mises en scène qui semblent célébrer le chaos, la destruction, la dégradation morale.
3. Discours politiques prévisibles
Chaque gagnant profite de son temps de parole pour faire le même discours :
- Remerciements à Dieu (ironique vu les performances)
- Appel à « rester soi-même »
- Référence obligatoire à « la diversité »
- Critique vague du « système »
Ces discours sont devenus des templates. Plus personne n’écoute vraiment.
4. Absence totale de spontanéité
Tout est scripté. Les « surprises » sont planifiées. Les « moments émouvants » sont chorégraphiés. Les caméras savent exactement où pointer quand un artiste « pleure de joie ».
Le direct n’est plus vraiment du direct. Il y a un délai de diffusion de 7 secondes permettant de censurer tout dérapage. Les Grammys sont devenus du cinéma déguisé en événement live.
VIII. 2026 : Que Peut-On Attendre (Ou Craindre) ?
Les Grammys 2026 auront lieu le 2 février à Los Angeles.
Pour cette édition 2026, plusieurs artistes se positionnent comme favoris potentiels. Les noms circulent dans les médias spécialisés, même si les nominations officielles ne seront annoncées qu’en novembre 2025. Les catégories principales (Album of the Year, Record of the Year, Song of the Year, Best New Artist) concentreront comme toujours l’essentiel de l’attention médiatique.
Réformes promises, résultats attendus
Harvey Mason Jr. a annoncé plusieurs initiatives visant à moderniser l’institution : diversification du corps électoral, révision des catégories pour mieux refléter les évolutions musicales contemporaines, et engagement accru envers la transparence. Ces promesses seront-elles tenues ? L’édition 2026 constituera un test important pour mesurer la sincérité de ces engagements.
Voici ce qu’on peut raisonnablement anticiper :
Nominations probables Album of the Year :
- Taylor Swift (The Tortured Poets Department) — favorite
- Beyoncé (Cowboy Carter) — toujours nominée, rarement gagnante en catégorie majeure
- Billie Eilish (Hit Me Hard and Soft) — darling de l’académie
- Charli XCX (Brat) — nomination « credibility », ne gagnera pas
Performances confirmées 2026 :
Sabrina Carpenter— l’une des têtes d’affiche de la soirée. Poupée marketée pour un certain public, incarnation parfaite du packaging musical contemporain où l’image domine le talent. À trop jouer sur la gamme Barbie pin-up années 50, elle bascule rapidement du registre « poupée gonflée » (surproduction visuelle) à « poupée gonflante » (sonorités insipides). La plastique inversement proportionnelle au talent artistique. Le packaging sexuel compensant le vide créatif. Ce sujet fera l’objet d’une autre chronique.
KATSEYE — cache-misère K-pop déjà évoqué
Collaboration improbable entre deux artistes que personne n’attendait ensemble
Au moins une performance controversée dont on parlera pendant une semaine
Ce qui sera ignoré :
- Tout artiste du spectre musical mondial pourtant dominant (K-pop, Afrobeats authentique, Latin urbain indépendant)
- Les artistes ayant des valeurs
- Les artistes indépendants qui dominent Bandcamp/Spotify mais pas la radio
- Les phénomènes TikTok jugés « pas sérieux » par l’académie
Ce qui ne changera pas :
- Opacité des votes
- Sous-représentation des femmes dans les catégories techniques
- Fossé entre popularité réelle et reconnaissance académique
- Spectacle de plus en plus déconnecté de la réalité musicale
Performances scéniques : Art ou provocation ?
Une tendance inquiétante
Au-delà des questions de représentativité, les Grammys font face à des critiques concernant le contenu même des performances. Ces dernières années, plusieurs prestations ont suscité la controverse par leur imagerie sombre, leurs références occultes ou leurs mises en scène provocatrices.
Sans tomber dans la théorie du complot, force est de constater que certaines performances semblent privilégier le choc visuel à l’excellence artistique. Cette course à la provocation pose question : les Grammys célèbrent-ils encore la musique ou sont-ils devenus une vitrine pour des spectacles de plus en plus éloignés de l’art musical ?
Perte de repères moraux ?
Pour de nombreux observateurs, cette évolution reflète une perte de repères plus large dans l’industrie du divertissement. Quand la transgression devient la norme, quand le malaise du public est recherché plutôt qu’évité, que reste-t-il de la célébration joyeuse de la musique que les Grammys étaient censés incarner ?
La question mérite d’être posée sans hystérie ni puritanisme excessif : quelle image l’industrie musicale souhaite-t-elle projeter aux nouvelles générations ? Et les Grammys, en tant qu’institution de référence, n’ont-ils pas une responsabilité particulière dans ce domaine ?
En conclusion — Pensées d’Angénic
Je ne déteste pas les Grammy Awards. Je déteste ce qu’ils sont devenus.
Peut-être que les Grammys 2026 nous surprendront. Peut-être que les réformes promises porteront leurs fruits. Mais en attendant, je continuerai d’écouter la musique qui me touche, avec ou sans validation institutionnelle. C’est peut-être là, finalement, la vraie liberté de l’auditeur : refuser de déléguer son goût à des experts autoproclamés.
Il fut un temps où cette cérémonie célébrait authentiquement la musique. Où des artistes inconnus pouvaient être propulsés par une nomination. Où les performances étaient des moments de grâce, pas des shows pyrotechniques.
Aujourd’hui, les Grammys sont une machine marketing déguisée en célébration artistique. Une institution qui prétend honorer l’excellence tout en ignorant systématiquement les artistes les plus influents de leur époque. Qui affiche des valeurs progressistes tout en pratiquant une misogynie structurelle. Qui invite certaines musiques pour les audiences mais refuse de les légitimer. Qui fait un travail social considérable (MusiCares, Grammy in the Schools, bourses) mais investit 90% de son énergie médiatique dans un spectacle de trois heures de plus en plus vide de sens.
Le problème n’est pas seulement ce que les Grammys font de mal. C’est ce qu’ils ne font pas de bien avec la plateforme extraordinaire qu’ils possèdent.
Des centaines de millions de spectateurs mondiaux. Une influence culturelle massive. La capacité de propulser des carrières, de porter des messages essentiels, de célébrer authentiquement la diversité musicale planétaire. Cette puissance pourrait être utilisée pour élever, inspirer, unir. Au lieu de cela, elle sert principalement à générer de l’audience pour des annonceurs et à perpétuer un système opaque qui protège ses intérêts.
C’est cette trahison du potentiel qui rend les Grammys si décevants. Pas qu’ils soient imparfaits — toute institution l’est. Mais qu’ils refusent systématiquement d’utiliser leur portée mondiale comme force positive cohérente.
La vraie question n’est pas : « Qui va gagner ? » C’est : « Pourquoi continuons-nous à accorder de l’importance à une institution qui a perdu son âme ? »
Les artistes eux-mêmes commencent à s’en détourner. The Weeknd boycotte. Drake refuse les nominations. Frank Ocean n’a jamais daigné se présenter. Les Grammys deviennent progressivement une institution que seuls les artistes mainstream conventionnels prennent encore au sérieux.
Peut-être est-ce nécessaire. Peut-être que la mort lente des Grammys ouvrira la voie à de nouvelles formes de reconnaissance, plus transparentes, plus inclusives, plus connectées à ce que la musique est vraiment devenue : globale, diverse, hors des circuits traditionnels.
Les Grammys me font penser à ces vieilles familles aristocratiques qui organisent des bals somptueux tout en refusant obstinément d’inviter les nouveaux riches. Ils célèbrent leur propre excellence, selon leurs propres critères, validés par leurs propres pairs. Et quand le monde extérieur change trop vite, ils préfèrent fermer les volets plutôt que d’ouvrir les portes.
La K-pop n’a pas besoin des Grammys pour exister. Stray Kids n’a pas besoin d’une statuette dorée pour remplir des stades. Mais cette exclusion dit quelque chose de profond sur qui a le droit de définir ce qu’est la « vraie » musique, la « bonne » musique, la musique digne d’être célébrée. Et cette question dépasse largement le cadre d’une cérémonie télévisée.
En attendant, février 2026 nous offrira son lot de robes extravagantes, de discours larmoyants, de performances inquiétantes, et de palmarès prévisibles. Le rituel se perpétuera. Mais l’âme, elle, continuera de s’échapper.
À moins que… À moins que la Recording Academy ne décide enfin d’utiliser sa plateforme mondiale pour ce qu’elle devrait être : une célébration authentique, inclusive et inspirante de toutes les musiques. Une force culturelle positive. Un exemple moral.
J’y crois de moins en moins. Mais j’espère encore.
Angénic Guide, bloggeuse, flâneuse, collectionneuse de vinyles oubliés et de trophées dévalorisés
Sources et références
- Recording Academy – Site officiel
- MusiCares – Recording Academy
- The Weeknd boycotte les Grammys – Variety
- Deborah Dugan lawsuit – The Guardian
- Grammy voting process – Sound Royalties
- Women representation at Grammys – USC Annenberg Study
- Neil Portnow « step up » controversy – NPR
- HYBE investigations – Korea Herald

![Un aperçu de l'intérieur de la Crypto[dot]com Arena pendant les préparatifs des Grammy Awards de dimanche (photo de presse par Francis Specker/CBS)](https://thoughtsofangenic.cool/wp-content/uploads/2026/01/tumblr_83fcb914f8c5af1b6a584cd34a342119_767ccb6a_2048-1024x684.jpg)