La Haute Couture est une exception française et comme l’indique le nom de la Fédération, L’art débuté sous Louis XIV et perfectionné par Rose Bertin qui sublimait Marie-Antoinette avant de devenir un art sous l’impulsion de l’Impératrice Eugénie avec des couturiers comme Worth.
Janvier 2020. Pendant quatre jours magiques, du 20 au 23 janvier, Paris s’est transformée en capitale mondiale du rêve. J’ai eu la chance immense d’assister à plusieurs défilés de cette Fashion Week Haute Couture Printemps-Été 2020, et croyez-moi, mes yeux brillent encore de toutes les paillettes, de tous les tissus sublimes et de toute cette créativité débordante qui a envahi la Ville Lumière.
Mais avant de vous plonger dans ce tourbillon d’émotions et de créations exceptionnelles, laissez-moi vous raconter pourquoi la Haute Couture française est bien plus qu’une simple industrie de la mode. C’est un patrimoine, un art vivant, une exception culturelle que le monde entier nous envie.
L’Héritage Sacré de la Haute Couture Française
La Haute Couture n’est pas née par hasard à Paris. Cet art a débuté sous Louis XIV, quand le Roi-Soleil a compris que la mode pouvait être un outil de pouvoir et de rayonnement pour la France. Mais ce sont des femmes exceptionnelles qui l’ont véritablement élevée au rang d’art.
Rose Bertin, la couturière de Marie-Antoinette, fut la première à transformer la confection en création artistique. Elle ne se contentait pas d’habiller la reine, elle inventait des silhouettes, créait des tendances, faisait de chaque tenue une œuvre d’art.
Plus tard, sous l’Impératrice Eugénie, Charles Frederick Worth révolutionna l’industrie en devenant le premier couturier au sens moderne du terme. Il signait ses créations, organisait des défilés, imposait sa vision plutôt que de simplement exécuter les demandes de ses clientes. La Haute Couture moderne était née.
Aujourd’hui, seules 16 maisons sont certifiées Haute Couture. Pour obtenir ce label prestigieux, elles doivent répondre à des critères stricts : créer des pièces sur-mesure, travailler à la main dans des ateliers dédiés, présenter deux collections par an à Paris. C’est un cercle ultra-fermé, gardien d’un savoir-faire unique au monde.
Cette année 2020, le cercle s’est agrandi pour accueillir son 16ème membre : la Maison Jarrar. Une consécration qui témoigne de l’excellence de son travail.
L’Effervescence Parisienne : Quatre Jours Hors du Temps
Imaginez : pendant quatre jours, tout Paris vibre au rythme de la mode. Les hôtels particuliers, les musées, les théâtres les plus prestigieux se transforment en podiums éphémères. Dans les rues, on croise des mannequins élancées, des rédactrices de mode aux looks extravagants, des célébrités internationales, des acheteurs venus du monde entier.
L’air lui-même semble chargé d’une électricité particulière. On enchaîne défilés et soirées mondaines, on échange cartes de visite et impressions à chaud, on immortalise chaque instant sur nos téléphones. C’est épuisant, grisant, absolument addictif.
Cette saison, le programme était chargé : Schiaparelli ouvrait le bal, suivie d‘Ulyana Sergeenko, Iris Van Herpen, Georges Hobeika, Dior, et tant d’autres noms qui font rêver. Chaque défilé est une promesse, une surprise, un moment unique.
Let Couture begin . @schiaparelli @danielroseberry #schiaparelli #paris #couture #hautecouture
Schiaparelli : Le Surréalisme Réinventé par Daniel Roseberry
Comment ne pas commencer par Schiaparelli ? Daniel Roseberry, jeune Texan devenu le premier Américain à diriger une maison de couture parisienne, n’en est qu’à sa deuxième collection pour la maison, mais quelle collection !
Le créateur orchestre une dualité fascinante entre deux figures féminines : la Surréaliste et la Séductrice. D’un côté, un vestiaire diurne porté par des couleurs douces et des matériaux chauds. De l’autre, des pièces nocturnes et sensuelles où les corps sont enveloppés dans des satins et des soies qui épousent chaque courbe.
Mais la vraie signature de Roseberry, c’est son intégration magistrale des bijoux aux pièces. Des fleurs, des « S » pour Schiaparelli, des yeux… Tout devient parure, ornement, prolongement de la création. Une robe bleu électrique se couvre de broches qui s’étendent jusqu’au corps de la mannequin. Un costume blanc majestueux se double d’une longue traîne fuchsia – cette couleur « shocking pink » si chère à Elsa Schiaparelli.
Dans l’explosion finale, les robes en faille associent des tonalités vives qui défient toutes les conventions : rose et orange, bleu ciel et marine, rouge et vert. C’est audacieux, c’est surréaliste, c’est exactement ce que doit être Schiaparelli.
Georges Hobeika : L’Élégance Orientale
Georges Hobeika, membre invité de cette Fashion Week, a présenté une collection éblouissante qui célébrait le raffinement oriental. Des broderies précieuses, des drapés majestueux, des couleurs riches… Chaque robe racontait une histoire, évoquait un palais des Mille et Une Nuits revisité pour la femme contemporaine.
C’est cette capacité à puiser dans les traditions tout en restant résolument moderne qui fait la force de Hobeika. Ses créations ne sont jamais des costumes, ce sont des pièces qui respirent, qui bougent, qui vivent sur le corps des femmes.
Ulyana Sergeenko : La Couture Russe en Majesté
Après son défilé, Ulyana Sergeenko a reçu Dita Von Teese et Ornella Mutti. Quel trio éblouissant ! La couturière russe sait créer une atmosphère unique, mêlant références historiques et glamour contemporain.
Ses créations sont théâtrales sans être costumées, romantiques sans tomber dans la mièvrerie. C’est de la couture qui assume ses influences historiques tout en parlant aux femmes d’aujourd’hui.
Ulyana Sergeenko with Dita Von Teese and Ornella Mutti after her fw 2020 show during Paris Fashion Week, January 2020.
Chanel : L’Émotion dans l’Austérité
Rendant hommage à l’enfance de Mademoiselle Chanel à l’orphelinat de l’abbaye d’Aubazine, Virginie Viard a signé une collection monochrome empreinte d’émotion.
Sous les arcades du Grand Palais transformées en humble jardin de cloître, j’ai été saisie par ce contraste puissant entre la simplicité du décor et la sophistication inouïe des créations. C’est ça, le génie de Chanel : donner l’impression de simplicité alors que chaque pièce est un chef-d’œuvre d’artisanat.
Je vous conseille d’ailleurs de zoomer sur les photos de Vogue.com pour apprécier la minutie folle des broderies, des applications, des finitions. Ces petites mains qui travaillent dans l’ombre sont de véritables artistes, et Virginie Viard leur rend un hommage mérité.
Dior : « What If Women Ruled the World? »
Le défilé Dior au Musée Rodin restera gravé dans ma mémoire. Maria Grazia Chiuri a invité l’artiste féministe Judy Chicago à créer une structure gonflable spectaculaire : « The Female Divine », une architecture anthropomorphe représentant le corps d’une déesse géante.
Au cœur du jardin du musée, entourés des sculptures de Rodin, nous avons découvert des étendards brodés de questions puissantes : « What if women ruled the world? » (Et si les femmes dirigeaient le monde ?), « Would men and women be equal? » (Les hommes et les femmes seraient-ils égaux ?).
Ce n’était pas qu’un défilé, c’était un manifeste. Chaque création portait ce message d’empowerment féminin, de remise en question des structures patriarcales. Et pourtant, rien de militant au sens agressif du terme. Juste de la beauté mise au service d’une idée, de l’artisanat sublime porté par une conviction.
Valentino : L’Identité Forte
Valentino s’est illustré cette saison par son identité affirmée : noir, blanc, rouge, la trilogie chromatique de la maison reste au cœur de la collection. Mais Pierpaolo Piccioli y ajoute des touches audacieuses de fuchsia, lavande, vert pomme, orange, jaune, bleus vifs.
Les gros imprimés saturés règnent, les tissus satinés brillent. Cette robe aux sequins rose Barbie que j’ai vue passer sur le podium ? Je parie qu’on va la retrouver sur tous les tapis rouges dans les mois à venir.
Giorgio Armani Privé : Le Voyage Indonésien
Giorgio Armani s’est visiblement inspiré de la majesté du paon pour cette collection. Le vert émeraude et le bleu roi dominent, magnifiés par des touches de rose qui illuminent le podium.
Le couturier italien a travaillé l’ikat, ce procédé de teinture traditionnel indonésien qui consiste à teindre les fils avant de les tisser. Sur des tissus précieux et transparents comme le tulle, le résultat est époustouflant : le bleu nuit, le pourpre et le noir sont rehaussés de rouge, de vert et de bleu électrique contrastants.
Les coupes droites apportent structure et prestance. C’est de l’Armani dans toute sa splendeur : luxueux sans ostentation, sophistiqué sans excès.
Iris Van Herpen : La Couture du Futur
Impossible de parler de cette Fashion Week sans évoquer Iris Van Herpen, la magicienne hollandaise qui repousse les frontières de la couture. Ses créations semblent venues d’un autre monde, d’un futur où technologie et artisanat fusionnent pour créer des formes organiques impossibles.
Chaque pièce est une sculpture portable, un défi aux lois de la physique et de la gravité. C’est fascinant, troublant, absolument unique.
Le Moment le Plus Émouvant : Les Adieux de Jean-Paul Gaultier
Et puis il y a eu CE moment. Le dernier défilé de Jean-Paul Gaultier.
Mercredi 22 janvier, au Théâtre du Châtelet, « l’enfant terrible de la mode » a tiré sa révérence en beauté. Et quelle beauté ! Amanda Lear, Mylène Farmer, Béatrice Dalle, Antoine de Caunes, Rossy de Palma, Farida Khelfa, Dita Von Teese, Karlie Kloss, Bella et Gigi Hadid… Toutes les égéries iconiques de la Maison ont foulé le podium une dernière fois.
Cette collection finale, dite « recyclée », mettait en lumière les pièces phares du créateur revisitées dans un esprit de valorisation et de reconversion. Le bustier conique de Madonna, la marinière devenue uniforme de toute une génération, les motifs multiethniques… Cinquante ans de carrière défilaient sous nos yeux.
Dans la note accompagnant le show, Jean-Paul Gaultier lançait un appel puissant à l’industrie : « Il y a trop de vêtements et trop de vêtements ne servent à rien. Ne les jetez plus, recyclez-les ! »
J’ai pleuré. Je ne suis pas la seule. C’était la fin d’une époque, mais aussi un message d’espoir : la mode peut changer, doit changer. Et si l’enfant terrible se retire, c’est pour mieux laisser la place aux nouvelles voix, aux nouvelles visions.
Les Nouveaux Visages de la Haute Couture
Cette édition a aussi été l’occasion de découvrir ou redécouvrir des talents moins médiatisés mais tout aussi remarquables.
Imane Ayissi, danseur camerounais devenu styliste, clôturait le calendrier officiel. Ancien mannequin pour Dior, Lanvin, Yves Saint Laurent, Valentino, il apporte une vision africaine de la haute couture, loin des clichés, ancrée dans un savoir-faire textile ancestral.
Farhad Re s’inspire de la nature pour créer des pièces organiques, presque vivantes. Ses robes semblent avoir poussé plutôt qu’avoir été cousues.@FarhadReOfficial s’inspire de la nature pour sa dernière collection spring/summer 2020 haute couture collection ⠀Video by: @nadezdapsh x @fashiontomax.
Les Tendances Qui Vont Marquer SS20
Au-delà des défilés individuels, des tendances fortes se dégagent pour ce printemps-été 2020.
Les couleurs vives : Oubliez les pastels timides ! Cette saison sera marquée par des bleus profonds, des verts émeraude, des roses shocking, des rouges intenses. On ose, on affirme, on rayonne.
Les tissus satinés et légers : La soie, le satin, le tulle… Ces matières fluides qui caressent la peau et captent la lumière sont partout. Elles apportent mouvement et sensualité aux silhouettes.
Le drapé : De Schiaparelli à Azzaro en passant par Antonio Grimaldi, le drapé s’impose. C’est technique, c’est élégant, c’est intemporel.
Les broderies et ornements : La Haute Couture, c’est aussi l’occasion de montrer le savoir-faire exceptionnel des ateliers. Broderies au fil d’or, applications de pierres, incrustation de perles… Chaque détail compte.
Le message féministe : De Dior à Schiaparelli, les créateurs n’hésitent plus à afficher leurs convictions. La mode devient tribune, la beauté devient engagement.
Ce Que Cette Fashion Week Nous Dit de Notre Époque
Cette Fashion Week Haute Couture SS20 porte en elle les préoccupations de notre temps.
L’écologie : avec le message fort de Gaultier sur le recyclage, la valorisation des pièces existantes plutôt que la création perpétuelle de nouveau.
Le féminisme : porté par Dior mais aussi par tant d’autres créateurs qui célèbrent la force des femmes, leur diversité, leur puissance.
La diversité : des modèles de tous horizons, des créateurs de toutes origines. La mode s’ouvre, s’enrichit, se mondialise vraiment.
La technicité : avec des créateurs comme Iris Van Herpen qui repoussent les limites du possible, qui font dialoguer tradition et innovation.
En pensées – Conclusion d’Angénic
Alors que j’écris ces lignes, plusieurs jours après la fin de cette Fashion Week extraordinaire, je réalise à quel point ces quatre journées ont été intenses, riches, bouleversantes.
J’ai vu des robes qui m’ont fait pleurer de beauté. J’ai assisté aux adieux d’un monstre sacré. J’ai découvert des talents émergents qui vont marquer les prochaines décennies. J’ai été témoin de messages politiques portés avec élégance. J’ai touché du doigt ce qui fait l’excellence de la Haute Couture française.
Mais plus que tout, j’ai compris quelque chose d’essentiel : la mode n’est pas futile. Elle ne l’a jamais été. C’est un langage, une forme d’expression, un art à part entière. Elle reflète notre époque, nos espoirs, nos combats, nos rêves.
Ces robes que nous admirons sur les podiums, ces créations qui paraissent si loin de notre quotidien, elles nous parlent. Elles nous disent qu’il est possible de créer du beau, même dans un monde parfois laid. Qu’il existe encore des gens prêts à passer des centaines d’heures sur une broderie que seules quelques personnes verront. Que l’artisanat a sa place dans notre monde hyperconnecté. Que la lenteur peut être un luxe suprême.
La Haute Couture, c’est l’antithèse de la fast fashion, du consommable, du jetable. C’est une ode à la durabilité, au savoir-faire, à la transmission. Dans un monde qui va trop vite, qui produit trop, qui consomme trop, elle nous rappelle que certaines choses méritent du temps, de l’attention, du respect.
Et puis, soyons honnêtes : ça fait du bien de rêver. De voir ces créations impossibles, ces couleurs audacieuses, ces formes inédites. Ça nourrit l’imagination, ça élargit le champ des possibles, ça nous sort de notre quotidien.
Alors oui, je continuerai à assister à ces défilés. À m’extasier devant des robes que je ne porterai jamais. À défendre cette exception française. À croire que la beauté a sa place dans nos vies, même – surtout – quand le monde semble partir en vrille.
Parce qu’au fond, si on ne peut plus rêver devant une robe Schiaparelli ou pleurer d’émotion devant les adieux de Gaultier, qu’est-ce qui nous reste ?
La Fashion Week Haute Couture SS20 s’est achevée, mais ses images continueront longtemps à danser dans ma tête. Et en juillet, quand sonnera l’heure de la prochaine édition Automne-Hiver, je serai là, stylo et appareil photo en main, prête à vibrer à nouveau.
Parce que c’est ça, être passionnée de mode : ne jamais se lasser de la beauté, ne jamais cesser de s’émerveiller, toujours croire en la magie de la création.
À bientôt sur les podiums, Paris. Tu m’as encore une fois fait tourner la tête.
Sources et pour aller plus loin :
- Paris Fashion Week Haute Couture SS20 – Office de Style
- Programme des défilés Haute Couture SS20 – Chic in Paris
- Paris Fashion Week 2020 : Best of – Good Moods
- Défilé Dior au Musée Rodin – Sortiraparis
- Haute Couture SS20 : le bilan – Tendances de Mode
- Défilé Schiaparelli SS20 – Numéro Magazine
- Semaine de la mode de Paris – Wikipédia
- Daniel Roseberry – Wikipedia
- Maison Schiaparelli – Site officiel
Copyright © 2020- Propriété intellectuelle d’Angénic Agnero- Tous droits réservés 1997-2020.

