Elisabeth Jane Cochran n’était pas destinée à entrer dans l’histoire. Née en 1864 dans une famille modeste de Pennsylvanie, rien ne la prédisposait à devenir légende.
Pourtant, elle a dynamité les conventions de son époque. Infiltré les lieux les plus sombres. Défié les hommes sur leur propre terrain.
Et battu un record que même un héros de fiction n’avait pas réussi à tenir.
Les débuts d’une rebelle
En 1885, Elisabeth Jane Cochran a vingt et un ans. Elle tombe sur un article du Pittsburgh Dispatch intitulé « À quoi servent les jeunes filles ». Le texte affirme que la place des femmes est au foyer. Point final.
Elisabeth Jane bouillonne. Elle rédige une réponse cinglante sous le pseudonyme « Orphan Girl ». Le rédacteur en chef, George Madden, est tellement impressionné qu’il publie une annonce pour retrouver cette mystérieuse correspondante.
Quand elle se présente, Madden lui propose un poste. À une condition : prendre un nom de plume. Les femmes journalistes, à l’époque, ça ne fait pas sérieux.
Elisabeth Jane Cochran devient officiellement journaliste. Elle a gagné sa première bataille.
Ses premiers reportages : déjà engagée
Au Pittsburgh Dispatch, Elisabeth Jane Cochran refuse les sujets traditionnellement féminins. La mode ? Très peu pour elle. Les mondanités ? Encore moins.
Elle veut du terrain. Du vrai. Du dur.
Elle enquête sur les conditions de travail des ouvrières dans les usines. Elle décrit la misère des quartiers pauvres de Pittsburgh. Elle donne la parole à ceux que personne n’écoute.
Ses articles dérangent. Les annonceurs se plaignent. La direction la recadre. On lui demande de revenir aux rubriques jardinage et arts ménagers.
Elisabeth Jane Cochran refuse. Elle démissionne et part pour New York.
Elisabeth Jane Cochran mère du journalisme d’investigation
L’infiltration qui a tout changé
En 1887, elle débarque au New York World, le journal de Joseph Pulitzer. Pour décrocher le poste, elle propose un reportage fou.
S’infiltrer dans l’asile de Blackwell’s Island.
À l’époque, des rumeurs circulent sur les mauvais traitements infligés aux patientes. Mais personne n’a pu le prouver. Les journalistes hommes ne peuvent pas entrer. Les femmes journalistes n’existent quasiment pas.
Elisabeth Jane Cochran a une idée. Elle va simuler la folie.
Elle s’installe dans une pension modeste. Commence à se comporter de manière étrange. Parle seule. Refuse de dormir. Affiche un regard vide.
Au bout de quelques jours, la police l’arrête. Les médecins l’examinent. Le diagnostic tombe : folie. On l’envoie à Blackwell’s Island.
Dix jours en enfer
Ce qu’Elisabeth Jane Cochran découvre dépasse l’imagination.
Les patientes sont attachées à leur lit pendant des heures. On les force à prendre des bains glacés. La nourriture est immangeable. Les infirmières sont brutales. Les médecins, indifférents.
Pire encore : certaines femmes internées ne sont pas folles. Elles sont juste étrangères, pauvres ou simplement gênantes pour leur famille.
Elisabeth Jane Cochran observe. Mémorise. Survit.
Au bout de dix jours, le New York World envoie un avocat pour la faire libérer. Elle ressort avec un témoignage explosif.
Son reportage, « Ten Days in a Mad-House », paraît en septembre 1887. L’Amérique est sous le choc.
Un impact politique majeur
Le reportage d’Elisabeth Jane Cochran déclenche un scandale national. Le grand jury de New York ouvre une enquête sur Blackwell’s Island.
Les conclusions sont accablantes. L’établissement est réformé de fond en comble. Le budget des institutions psychiatriques augmente d’un million de dollars.
Des femmes internées à tort sont libérées.
Elisabeth Jane Cochran n’a pas seulement écrit un article. Elle a changé des lois. Sauvé des vies.
Elle a vingt-trois ans.
Le tour du monde en 72 jours
En 1888, Elisabeth Jane Cochran lance un nouveau défi. Battre le record fictif de Phileas Fogg dans « Le Tour du monde en 80 jours » de Jules Verne.
Le 14 novembre 1889, elle embarque à bord d’un paquebot à Hoboken, New Jersey. Son bagage ? Un seul sac. Sa mission ? Boucler le tour du monde plus vite qu’un personnage de roman.
Elle traverse l’Angleterre. La France. L’Italie. Le canal de Suez. Ceylan. Singapour. Hong Kong. Le Japon.
En France, elle fait un détour par Amiens pour rencontrer Jules Verne lui-même. L’écrivain est charmé. Il lui souhaite bonne chance.
Le 25 janvier 1890, Elisabeth Jane Cochran arrive à New York. Son temps : 72 jours, 6 heures, 11 minutes et 14 secondes.
Elle a battu Phileas Fogg de huit jours.
Une célébrité instantanée
Le retour d’Elisabeth Jane Cochran déclenche l’hystérie. Des foules l’attendent à chaque gare. Les journaux du monde entier relatent son exploit.
On crée des jeux de société à son effigie. Des chansons sont composées en son honneur. Les femmes adoptent sa tenue de voyage : un long manteau et un petit sac.
Elisabeth Jane Cochran devient la femme la plus célèbre d’Amérique.
Mais elle refuse de se reposer sur ses lauriers.
Retour au journalisme d’investigation
Après son tour du monde, Elisabeth Jane Cochran reprend ses enquêtes. Elle infiltre une usine pour dénoncer les conditions de travail. Elle se fait arrêter volontairement pour décrire la vie en prison.
Elle interview des personnalités controversées. Elle couvre des procès retentissants.
Son style reste le même : immersif, engagé, sans concession.
En 1895, elle épouse Robert Seaman, un industriel de 73 ans. Elle en a 31. Le mariage fait jaser. Mais Elisabeth Jane Cochran s’en moque.
Une femme d’affaires redoutable
À la mort de son mari en 1904, Elisabeth Jane Cochran hérite de son entreprise, l’Iron Clad Manufacturing Company. Elle devient l’une des premières femmes à diriger une grande société industrielle aux États-Unis.
Elle dépose plusieurs brevets. Améliore les conditions de travail de ses employés. Innove dans les méthodes de production.
Malheureusement, des employés malhonnêtes la volent. L’entreprise fait faillite en 1914.
Elisabeth Jane Cochran retourne au journalisme.
Correspondante de guerre
En 1914, la Première Guerre mondiale éclate. Elisabeth Jane Cochran, à cinquante ans, part pour le front de l’Est.
Elle devient l’une des premières femmes correspondantes de guerre de l’histoire. Elle couvre les combats en Autriche-Hongrie. Décrit les horreurs des tranchées. Interview des soldats et des réfugiés.
Ses reportages sont publiés dans le New York Evening Journal. Ils montrent la guerre sans fard, sans glorification.
Les dernières années
Après la guerre, Elisabeth Jane Cochran continue d’écrire. Elle tient une chronique où elle aide les lecteurs en difficulté. Elle facilite des adoptions pour des enfants abandonnés.
Le 27 janvier 1922, elle meurt d’une pneumonie à New York. Elle a 57 ans.
Le lendemain, le New York Evening Journal titre : « La meilleure journaliste d’Amérique nous a quittés. »
Un héritage considérable
Elisabeth Jane Cochran a ouvert des portes. Brisé des plafonds de verre. Inventé un métier.
Le journalisme d’immersion, celui qui consiste à vivre ce qu’on raconte, c’est elle. Les enquêtes clandestines qui changent les lois, c’est elle. L’idée qu’une femme peut voyager seule autour du monde, c’est encore elle.
En 1998, un timbre américain lui rend hommage. En 2015, un film documentaire retrace son parcours. En 2020, une statue est érigée à New York.
Son nom reste synonyme de courage journalistique.
Le 25 janvier 1890, elle est de retour et a bouclé son tour du globe en soixante-douze jours, six heures, onze minutes et quatorze secondes.
Jules Verne lui enverra même un télégramme de félicitations.
Pendant la Première Guerre mondiale, elle devient la première femme correspondante de guerre.
En 1922, elle est consacrée meilleure journaliste des Etats-Unis.
En Conclusion – Pensées d’Angénic
Elisabeth Jane Cochran incarne une forme de courage rare. Celui qui pousse à se mettre en danger pour révéler la vérité.
À vingt-trois ans, elle accepte de se faire interner dans un asile. Elle risque d’y rester coincée. D’être vraiment maltraitée. De ne jamais ressortir. Pourtant, elle y va. Parce que l’histoire mérite d’être racontée.
Ce qui frappe chez cette femme, c’est son pragmatisme. Pas de grands discours féministes. Pas de postures. Juste des actes. Elle veut couvrir un sujet ? Elle trouve le moyen d’y accéder. Quitte à simuler la folie. Quitte à traverser le globe seule.
Son tour du monde en 72 jours reste un exploit remarquable. Pas seulement pour le record. Mais parce qu’une femme seule, en 1889, ne voyageait pas. C’était inconvenant. Dangereux. Impensable.
Elisabeth Jane Cochran s’en fichait. Elle avait un objectif. Elle l’a atteint.
Son héritage dépasse largement sa personne. Elle a posé les bases du journalisme d’immersion. Montré que l’investigation pouvait changer les lois. Prouvé qu’une plume déterminée valait parfois plus qu’un discours politique.
En parcourant son histoire, je réalise à quel point nous lui devons. Les reporters qui infiltrent aujourd’hui des réseaux criminels ou des institutions défaillantes marchent dans ses pas.
Namaste
Angie
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