
Le 17 avril 2018, l’Amérique perdait l’une de ses figures les plus emblématiques. Barbara Bush s’est éteinte paisiblement dans sa maison de Houston, entourée des siens, à l’âge de 92 ans.
Elle n’était pas présidente. Elle n’a jamais été élue. Pourtant, son influence sur la politique américaine a traversé des décennies. Épouse d’un président. Mère d’un autre. Grand-mère d’une dynastie politique sans équivalent dans l’Amérique moderne.
Barbara Bush incarnait une certaine idée de l’Amérique. Celle des valeurs familiales, de la loyauté indéfectible, de la force tranquille. Mais derrière les perles et les cheveux blancs immaculés se cachait une femme au caractère bien trempé, à la langue acérée et à l’esprit redoutablement vif.
Voici l’histoire d’une femme qui a façonné l’histoire américaine depuis les coulisses du pouvoir.
Une mort paisible après une vie exceptionnelle
L’ex-première dame Barbara Bush, l’une des deux seules femmes de l’histoire américaine à avoir été à la fois l’épouse et la mère d’un président américain, est décédée mardi à son domicile à Houston à l’âge de 92 ans.
Elle détient également le record de longévité de mariage avec son époux l’ancien président américain George H.W. Bush qu’elle a épousé en 1945 à tout juste 20 ans.
« J’ai épousé le seul homme que je n’ai jamais embrassé », confiait-elle avec cette franchise désarmante qui la caractérisait.

Barbara Bush par Dorothy Miller
Soixante-treize ans de mariage. Un record dans l’histoire des premières dames américaines. Une histoire d’amour qui a traversé les guerres, les victoires, les défaites et les drames familiaux.
La « grand-mère en chef » de l’Amérique
Connue pour son choc de cheveux blancs et ses perles de marque, Barbara Bush fut rapidement surnommée « grand-mère en chef » de la nation lorsque son mari, le président George H.W. Bush, a été élu à la Maison Blanche en 1988.
Mais son apparence matriarcale et ses airs policés dissimulaient une langue aiguisée et un esprit parfois retors pour lequel elle sera plus tard connue. Elle se posait de plus en plus en défenseur de son mari pendant sa présidence et une campagne de réélection difficile qu’il a finalement perdue face à Bill Clinton en 1992.
Cette défaite l’a profondément marquée. Elle n’a jamais vraiment pardonné à ceux qu’elle tenait pour responsables. Sa loyauté envers son mari était féroce, absolue, sans compromis.
Les origines d’une dynastie
Barbara Pierce naît le 8 juin 1925 à New York, dans le quartier cossu de Manhattan. Son père, Marvin Pierce, est président de la maison d’édition McCall Corporation. Sa mère, Pauline Robinson Pierce, est une mondaine accomplie.
La jeune Barbara grandit dans l’aisance de Rye, une banlieue huppée de New York. Elle fréquente les meilleures écoles privées et développe très tôt ce sens de l’élégance sobre qui la caractérisera toute sa vie.
C’est à l’âge de seize ans, lors d’un bal de Noël en 1941, qu’elle rencontre George Herbert Walker Bush. Il a dix-sept ans. Il est beau, athlétique, promis à un brillant avenir. C’est le coup de foudre.
« Je pouvais à peine respirer quand il était dans la pièce », confiait-elle des décennies plus tard.
L’amour en temps de guerre
Leur romance s’épanouit dans l’ombre de la Seconde Guerre mondiale. George s’engage dans la Navy à dix-huit ans, devenant l’un des plus jeunes pilotes de l’aviation navale américaine.
Pendant qu’il combat dans le Pacifique, Barbara l’attend. Elle lui écrit des lettres presque quotidiennes. Elle prie pour son retour.
Le 2 septembre 1944, l’avion de George est abattu au-dessus de Chichi Jima. Il est le seul survivant de son équipage. Il passe des heures dans l’océan avant d’être secouru par un sous-marin américain.
Barbara n’apprend la nouvelle que des semaines plus tard. Ces heures d’angoisse forgeront en elle une résolution : plus jamais elle ne tiendra l’amour pour acquis.
Le 6 janvier 1945, à peine deux semaines après son retour, George et Barbara se marient. Elle a dix-neuf ans. Il en a vingt. Leur union durera soixante-treize ans.

Mariage de Barbara Bush le 6 Janvier 1945
La construction d’une famille
Après la guerre, le couple s’installe au Texas. George se lance dans l’industrie pétrolière. Barbara élève leurs enfants. Six naîtront de leur union : George W., Robin, Jeb, Neil, Marvin et Dorothy.
Mais la tragédie frappe en 1953. Robin, leur fille de trois ans, est diagnostiquée avec une leucémie. Elle meurt sept mois plus tard.

Barbara Bush et sa fille Robin morte de leucémie à 3 ans – daily Mail
Cette perte dévaste Barbara. Elle ne s’en remettra jamais vraiment. Ses cheveux, dit-on, ont blanchi prématurément à cause de ce deuil. Elle ne teindra jamais ses cheveux, gardant ce blanc comme un hommage silencieux à sa fille perdue.
« La mort de Robin nous a appris que la vie est précieuse et qu’il faut la vivre pleinement », dira-t-elle plus tard.

Barbara Bush. Photo de Photo de
Larry Marano
sur Getty Images
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Le caractère trempé derrière les perles
Sous ses airs de grand-mère bienveillante, Barbara Bush était une femme de caractère. Sa franchise était légendaire, parfois redoutée.
Lors de la campagne de 1984, elle qualifia Geraldine Ferraro, la colistière de Walter Mondale, de « ce mot qui rime avec rich » (comprendre : witch, sorcière). Elle dut présenter des excuses publiques, mais le message était passé.
Elle défendait son mari avec une férocité maternelle. Les journalistes qui le critiquaient trop durement s’exposaient à son courroux. Elle tenait des listes mentales de ceux qui avaient « trahi » la famille.
« Je ne suis pas une sainte », admettait-elle. « Je peux être mesquine et rancunière. »
Cette honnêteté désarmante la rendait paradoxalement attachante. Dans un monde politique de faux-semblants, sa franchise était rafraîchissante.
La défaite de 1992
La campagne présidentielle de 1992 fut une épreuve. L’économie en récession, la promesse rompue sur les impôts (« Read my lips: no new taxes »), l’émergence de Bill Clinton et de Ross Perot : tout conspirait contre George Bush.
Barbara se jeta dans la bataille avec l’énergie du désespoir. Elle multiplia les apparitions, les discours, les interviews. Elle attaqua les adversaires avec une virulence qui surprit certains.
Mais rien n’y fit. En novembre 1992, Bill Clinton l’emporta. Pour Barbara, cette défaite fut une humiliation personnelle.
Elle quitta la Maison Blanche avec dignité, mais le cœur lourd. Elle ne pardonna jamais vraiment à ceux qu’elle tenait pour responsables de cette chute.
Mère d’un président
L’histoire, cependant, lui réservait une consolation extraordinaire. En 2000, son fils aîné, George W. Bush, fut élu 43ème président des États-Unis.
Barbara Bush rejoignait ainsi Abigail Adams dans le club très exclusif des femmes ayant été à la fois épouse et mère de président. Un honneur unique dans l’histoire américaine moderne.
Elle vécut la présidence de son fils avec un mélange de fierté et d’angoisse. Les attentats du 11 septembre 2001, les guerres en Afghanistan et en Irak, les critiques virulentes : elle souffrait pour lui comme seule une mère peut souffrir.
« C’est plus dur d’être la mère que l’épouse d’un président », confiait-elle. « Quand c’est votre mari, vous pouvez le conseiller. Quand c’est votre fils, vous ne pouvez que regarder et prier. »
Les dernières années
Après avoir quitté la scène politique active, Barbara Bush se consacra à sa famille. Elle devint l’arrière-grand-mère d’une tribu nombreuse. Elle continua à soutenir sa fondation pour l’alphabétisation.
Sa santé déclina progressivement. Elle souffrait d’insuffisance cardiaque congestive et de maladie pulmonaire obstructive chronique. En avril 2018, elle annonça qu’elle renonçait aux traitements curatifs pour privilégier les soins palliatifs.
Elle mourut le 17 avril 2018, entourée de son mari et de ses enfants. George H.W. Bush, alors âgé de 93 ans, lui tint la main jusqu’au bout. Il la rejoindrait huit mois plus tard.
L’héritage d’une matriarche
Barbara Bush laisse un héritage complexe. Pour ses admirateurs, elle incarnait les valeurs familiales américaines : loyauté, dévouement, sacrifice. Pour ses critiques, elle représentait une élite déconnectée des réalités du pays.
Mais tous s’accordent sur un point : elle était authentique. Dans un monde politique de plus en plus artificiel, elle disait ce qu’elle pensait, sans filtre ni calcul.
Elle a prouvé qu’une première dame pouvait avoir de l’influence sans occuper de fonction officielle. Que le pouvoir des coulisses était parfois plus durable que celui des projecteurs. Que l’amour et la loyauté étaient des forces politiques à part entière.
Plus de 1 500 personnes assistèrent à ses funérailles à Houston. Quatre anciens présidents étaient présents. Des milliers d’Américains bordèrent les rues pour lui rendre un dernier hommage.

Funérailles de Barbara Bush by Buzzfeed
En conclusion – Pensées d’Angénic
En écrivant sur Barbara Bush, je pense à toutes ces femmes qui ont façonné l’histoire depuis l’ombre. Ces épouses, ces mères, ces conseillères silencieuses dont les noms n’apparaissent pas dans les manuels scolaires.
Barbara Bush n’était pas parfaite. Elle était parfois dure, rancunière, partisane. Mais elle était vraie. Entièrement, farouchement vraie.
Ce qui me frappe le plus dans sa vie, c’est cette capacité à traverser les épreuves sans jamais perdre son ancrage. La mort de sa fille. Les vicissitudes politiques. Les critiques incessantes. Elle a tout encaissé. Et elle est restée debout.
Soixante-treize ans de mariage. Six enfants. Dix-sept petits-enfants. Sept arrière-petits-enfants. Une fondation qui a changé des millions de vies. Voilà un héritage dont peu peuvent se vanter.
Elle disait : « À la fin de votre vie, vous ne regretterez jamais de ne pas avoir passé plus de temps au bureau. Vous regretterez de ne pas avoir passé plus de temps avec votre famille. »
Sage conseil d’une femme qui a toujours su où étaient ses priorités.
Reposez en paix, Madame Bush. L’Amérique se souviendra de vous.
Namaste
Angie
Sources et références
Biographie officielle – George H.W. Bush Presidential Library
First Ladies of the United States – National First Ladies Library
The Matriarch: Barbara Bush and the Making of an American Dynasty – Susan Page
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